RFI: Quel est ce “camp révolutionnaire” près du Parlement ukrainien?

Reportage diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 23/10/2017

Un village de tentes se dresse devant le Parlement ukrainien, à Kiev, depuis le 17 octobre. Il est tenu par une centaine d’opposants au Président Petro Porochenko réclament des réformes structurelles et même la démission du Président. Le mouvement ne fait pas l’unanimité, mais il est pris très au sérieux: la plupart des protestataires sont des vétérans de la guerre de l’est, aguerris et déterminés. A Kiev, Sébastien Gobert 

Des tentes militaires, une cantine qui offre des plats chauds, des drapeaux et des posters couverts de slogans politiques: le village de tentes veut se donner un air du Maïdan de 2014. Ce Maïdan qui avait fait chuter le pouvoir autoritaire de Viktor Ianoukovitch. A l’époque, Yehor Sobolev était un militant anti-corruption très populaire. Après la Révolution, il a été élu au Parlement. Mais après presque 3 ans dans l’hémicycle, il accuse Petro Porochenko d’avoir reconstitué une verticale de corruption à son profit. Il ne croit plus aux réformes par la seule voie politique.  C’est la première fois que l’opposition reprend le contrôle de la rue depuis 2014.

Yehor Sobolev: Sans la pression des citoyens, nous ne pourrons pas venir à bout de la spirale de corruption qui empêche le développement de notre pays. La corruption actuelle nous ramène au temps de Ianoukovitch. La corruption justifie une nouvelle vague de répression politique. La corruption bloque la modernisation de notre économie. La corruption sape notre effort de défense militaire. Il faut en finir avec cette spirale de corruption. 

Ses revendications premières: la création d’une cour anti-corruption, l’abolition de l’immunité des parlementaires corrompus, une refonte du code électoral. Ces demandes sont partagées par un large pan de la société civile et de l’opposition politique. Le 17 octobre a réuni le tonitruant Mikheil Saakachvili, des députés réformateurs, des militants anti-corruption, des représentants de la communauté LGBT, ou encore des vétérans de la guerre dans l’est. 5 jours plus tard, on ne voit pratiquement que des uniformes militaires dans le village de tentes. Beaucoup de représentants de la société civile et de l’opposition libérale se sont dissociés du mouvement après une série d’échauffourées. Des brigades anti-émeute ceinturent d’ailleurs les abords du camp.

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Yehor Sobolev a beau jeu d’en appeler à la mobilisation des citoyens. Mais les vétérans ne l’entendent pas de cette oreille. Bohdan Lezitski, membre du bataillon Donbass, longtemps engagé dans la guerre du Donbass, revendique le caractère paramilitaire de cette mobilisation.

Bohdan Lezitski: Ce n’est pas le Maïdan de 2014, tenu par des citoyens pacifiques. C’est un camp révolutionnaire, avec des vétérans de guerre. 

Il affirme que ces vétérans sont venus avec leur stratégie, leur organisation et leur savoir-faire qu’ils ont acquis sur le terrain, dans le Donbass. Il n’y a pas d’armes dans le camp, affirme-t-il. Mais il ajoute que les bons soldats savent toujours où s’en procurer, si le besoin se fait sentir. Les vétérans sont tous liés à des forces politiques, de manière directe ou indirecte. “Donbass” dépend du parti Samopomitch d’Andriy Sadoviy, et soutient ouvertement Mikheil Saakachvili. Les militants du parti nationaliste Svoboda sont bien représentés dans le camp. “Nationalniy Korpus” est tiré du bataillon Azov, piloté en sous-main par le ministre de l’intérieur Arsen Avakov.  En cela, les groupes paramilitaires aux abords de la Verkhovna Rada sont perçus comme des instruments de pression sur le pouvoir, dans le cadre des élections présidentielles de 2019. Ils s’en défendent, et assurent lutter pour le bien commun.

Quoiqu’il en soit, ce sont des hommes aguerris qui sont déployés aux alentours du Parlement, pour obtenir des concessions de l’exécutif. Des concessions pour certaines improbables. On imagine mal le Parlement voter demain la destitution de Petro Porochenko… Mais s’ils n’obtiennent pas satisfaction, les protestataires semblent prêts à en découdre. Bohdan Lezitski assure ne vouloir attaquer ni la police, ni le bâtiment de la Verkhovna Rada. Mais il ne le cache pas: tout est pour une radicalisation du mouvement, le cas échéant.

Sébastien Gobert – Kiev – RFI

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