RTS: Le Donbass, une des régions les plus minées au monde

Reportage diffusé sur la RTS

La guerre dans le Donbass, cette région industrielle dans l’est de l’Ukraine, entre dans sa cinquième année. Déjà plus de 10300 personnes ont perdu la vie dans les combats, qui se poursuit. Conséquence collatérale: la région est aujourd’hui l’une des 5 parmi les plus minées au monde. Les efforts de sensibilisation aux risques et de déminage sont déjà en cours. La Suisse est très active sur le terrain. Mais c’est un travail de longue haleine, qui va s’étaler sur des décennies. Sur place, entre OZERNE et KRAMATORSK, Sébastien Gobert

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Tetiana Nikifarova

Centimètre par centimètre. Son détecteur de métal enclenché, Tetiana Nikifarova scrute avec patience le carré d’herbe devant elle. Puis elle tâtonne la terre d’un bâton. centimètre par centimètre. Un travail de patience, et risqué, qui pourrait durer au moins 30 ans.

Tetiana: Je suis préparée à cela. Je suis né et je vis dans cette région, et je travaille pour que les gens, les enfants, aillent se promener, se prélasser en toute sécurité sur la rive de cette rivière là-bas.

En avril, une famille de 4 personnes avait voulu profiter des beaux jours pour se détendre en bord de rivière. Leur voiture avait explosé sur une mine. Chaque semaine, soldats, familles et enfants risquent leurs vies à marcher dans la région.

A Ozerne, Tetiana travaille pour l’ONG HaloTrust, active dans plus de 20 pays en guerre à travers le monde. La jeune femme a oeuvré comme volontaire pendant quelques années du conflit. Elle voit les mines comme un des dangers les plus pernicieux aujourd’hui.

Tetiana: Ma famille été longtemps épargnée par les combats. Mais j’ai perdu mon parrain (sanglots). Ca a été ma motivation principale pour travailler à déminer ma terre.

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A Kramatorsk, la capitale de région, le chef de la mission de HaloTrust Iouri Shahramanyan a travaillé dans plusieurs zones minées auparavant. Le cas ukrainien est pourtant très préoccupant.

Iouri: En Ukraine, les mines causent beaucoup de pertes humaines. Les mines sont disposées de part et d’autre de la ligne de front, qui s’étire sur plus de 400 kilomètres. Et les gens passent très souvent d’un côté à l’autre. C’est une des raisons principales des accidents.

Dans le Donbass, où les lignes de front avaient beaucoup bougé en 2014, on trouve de tout. Des débris d’artillerie, des explosifs amateurs, des mines anti-chars, et aussi des mines anti-personnelles, pourtant interdites par le traité d’Ottawa. Il est quasiment impossible de savoir qui a posé ces engins, et tout aussi difficile d’en déterminer les emplacements.

D’où l’importance de la prévention. L’ambassadeur de Suisse, Guillaume Scheurer, a fait le déplacement à Kramatorsk pour lancer un projet de sensibilisation aux risques.

Guillaume Scheurer: Pour apprendre aux élèves, à travers les enseignants, comment réagir, comment se comporter, lorsqu’ils découvrent des mines. C’est un problème énorme actuellement en Ukraine, qui est un des pays les plus minés au monde malheureusement. Il y a déjà plusieurs milliers de victimes liés à ces engins. Non seulement ça a un coût énorme en termes de vie et de mort, en termes de drames familiaux, mais cela a aussi un impact important sur la phase de reconstruction. Il y a beaucoup d’endroits où on ose pas encore aller, donc ça ralentit énormément tous les efforts de reconstruction, de re-développement économique.

Si les ONG et les autorités ukrainiennes sont déjà à l’oeuvre, elles regrettent certains blocages, notamment dans la législation et les conditions d’importation d’équipement de déminage. De même, les ONG n’ont pas le droit d’enlever ou faire exploser les engins qu’elles trouvent. Les mines que trouve Tetiana Nikifarova, elle doit les laisser de côté pour attendre une équipe du ministère des urgences ukrainiens. Cela peut retarder son travail de plusieurs jours.

 

L’obstacle le plus important reste la poursuite des hostilités. La ligne de front est loin d’être accessible aux équipes de démineurs. Les duels d’artillerie sont quotidiens, et meurtriers. Pour les populations civiles, la vie dans le Donbass est un danger de tous les jours.

Sébastien Gobert, pour RTS Info, à Ozerne.

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