Mediapart – Entre Autriche, Italie et monde slave, la frontière disputée

Le « Verdun » italien s’est joué à flanc de montagne, dans le décor grandiose de la vallée de l’Isonzo. 500 000 hommes y sont morts entre 1915 et 1917, mais la frontière n’en finit pas de se dérober : elle a séparé l’Italie de l’empire d’Autriche-Hongrie, puis de la Yougoslavie et enfin de la Slovénie. Les revendications d’annexion se sont croisées tout au long du XXe siècle, laissant systématiquement des minorités du « mauvais » côté de la frontière.

Article publié dans Mediapart, avec Jean-Arnault Dérens, le 24 juillet 2018

C’est un fleuve sauvage qui descend sur 130 kilomètres des Alpes juliennes pour se jeter dans la mer Adriatique, du côté de Monfalcone, près de Trieste. Il sépare deux pays, prenant sa source en Slovénie et terminant son cours en Italie, et porte deux noms : la Soča en slovène, l’Isonzo en italien. Aujourd’hui, il attire comme un aimant les kayakistes, les randonneurs et les amateurs de pêche sportive,  mais son évocation fut longtemps maudite, dans l’une comme l’autre langue, pour le sang qu’il charria durant la Première Guerre mondiale.

Le royaume d’Italie, unifié depuis moins de 50 ans, rêvait alors de s’adjoindre les terres « irrédentes », c’est-à-dire ces régions restées sous souveraineté habsbourgeoise, où cohabitaient populations italienne, slave ou germanique : Trieste bien sûr, mais aussi Trente, Bolzano et le sud du Tyrol, les Alpes julienne et l’Istrie.

Sur ce coin de la carte de l’Europe, nichée au nord de la mer adriatique, le XXe siècle n’a pas cessé de jouer avec les ciseaux des frontières. Les anciennes (…)

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