RFI: Le premier investisseur étranger en Ukraine…? La Russie

Intervention dans la séquence Bonjour l’Europe”, sur RFI, le 06/09/2018

L’office ukrainien des statistiques vient de rendre compte du niveau des investissements étrangers dans le pays sur les six premiers mois de l’année 2018. Et c’est la Fédération de Russie qui est le premier pays investisseur en Ukraine. C’est une surprise, compte tenu du climat de conflit qui perdure entre les deux pays depuis 2014.
Pour en parler, Sébastien Gobert à Kiev

La Russie, première source d’investissements étrangers en UKraine, cela veut-il dire qu’elle a beaucoup investi?

Selon le service d’Etat des statistiques, c’est plus de 436 millions de dollars, ce qui fait environ 34,6% du montant total des investissements directs étrangers. Entre janvier et juin, on recense 1,3 milliards de dollars d’investis en Ukraine. A titre de comparaison, les investissements français se chiffrent à un “petit” 47 millions de dollars. C’est un volume impressionnant, d’autant que le second investisseur étranger, c’est Chypre. Vous savez que l’île, Etat membre de l’Union européenne, est connu pour être un paradis fiscal et une plateforme pour les comptes offshore. On considère souvent que ce sont des oligarques ukrainiens ou russes qui utilisent ces offshores. Donc la Russie serait la première, et la deuxième, source d’investissements étrangers dans ce classement.

Les Russes investissent dans la banque et l’assurance, la distribution et la vente, l’industrie et les nouvelles technologies. Et tout cela, malgré les sanctions.

Et compte tenu du contexte d’affrontement entre les deux pays, il y a beaucoup de sanctions que les Ukrainiens ont imposé sur les entreprises russes?

Oui, et réciproquement, il faut le dire. Les deux pays se sont mutuellement imposés des embargos commerciaux, économiques, financiers, depuis 2014, l’annexion illégale de la Crimée et le début de la guerre dans l’est du pays. Malgré cela, la Russie reste un des premiers partenaires commerciaux de l’Ukraine, si ce n’est le premier. On peut expliquer cela par la persistence de relations historiques, mais aussi par la faiblesse des investissements et relations commerciales avec les pays occidentaux, malgré l’application d’un Accord d’Association début 2016.

Quoiqu’il en soit, les liens économiques, commerciaux et financiers ukraino-russes résistent aux tensions géopolitiques, et à la réthorique très va-t-en-guerre des deux pays. Les Ukrainiens en particulier dénoncent une agression de la Russie, et multiplient les annonces de rupture avec Moscou: dernièrement, le Président a annoncé vouloir déchirer le traité d’amitié et de coopération, interrompre la liaison ferroviaire entre Kiev et Moscou. Les services de sécurité ukrainiens ont interdit de séjour des personnalités politiques russes, des journalistes, des chanteurs, des artistes… Mais visiblement, l’argent venu de Russie sous la forme d’investissements, ça n’a pas l’air de poser problème.

Est-ce que cette proximité économique et financière ne serait pas une base pour une éventuelle réconciliation?

C’est difficile à dire. Il semble plutôt que ces deux questions évoluent en parallèle, sans avoir beaucoup d’impact l’une sur l’autre. Le conflit géopolitique est loin d’être résolu. La Russie ne donne aucun signe de rendre la Crimée. Et dans l’est en guerre, les tensions redoublent après l’assassinat non-revendiqué du chef de la république séparatiste auto-proclamée de Donetsk. Il est mort vendredi dernier dans l’explosion d’une bombe dans un café. Moscou accuse Kiev. Kiev accuse Moscou. Et sur la ligne de front, les affrontements continuent. Vu de Kiev, je peux vous dire que dans ce contexte, rien ne va s’arranger dans les prochains mois, en particulier pas avant l’élection présidentielle de mars prochain.

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