Le Figaro : Géorgie – Ivanichvili-Saakachvili, le vrai duel du second tour de la présidentielle

Article publié dans le Figaro le 27 novembre 2018

Le face-à-face s’annonce serré mercredi entre les deux candidats à ce poste désormais honorifique, l’un soutenu par l’oligarque, l’autre par l’ancien président en exil.

À Tbilissi

(Extraits)

Sans doute la Géorgie poursuit-elle sa démocratisation. Mais cela se fait dans la défiance, voire la haine. Les démocraties émergent-elles autrement? Ce mercredi, la république caucasienne organise le second tour d’une présidentielle quasi inédite en ex-URSS, région habituée aux plébiscites encadrés et aux fraudes massives. Déçus par l’absence de résultats du gouvernement et par ses magouilles mises à jour pendant la campagne électorale, peu enthousiastes par ailleurs à l’idée de refaire confiance à l’opposition menée par l’ancien président en exil Mikhaïl Saakachvili, les Géorgiens ont refusé de donner un blanc-seing à un seul candidat lors du premier tour, le 28 octobre.

Aussi, ce mercredi, Salomé Zourabichvili, 66 ans, candidate «indépendante» soutenue par le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, de l’oligarque Bidzina Ivanichvili, affronte-t-elle au second tour Grigol Vachadzé, 60 ans, candidat du Mouvement national uni (MNU) de Saakachvili. Salomé Zourabichvili est même en ballotage défavorable. (…)

« Nous avons entendus le message des électeurs », déclarait au lendemain du premier tour Kakha Kaladzé, ex-star du football devenu un des piliers de la majorité et maire de Tbilissi. (…) Ces paroles ont vite fait place à la surenchère de promesses. Ainsi M. Vashadzé a proposé d’annuler le remboursement de 600.000 prêts (ceux de moins de 2.000 laris, 660 euros), que les Géorgiens peinent à rendre du fait de la « mauvaise politique économique » du gouvernement et de la chute de la monnaie nationale. Mais le 19 novembre, au beau milieu de l’entre-deux tours, le Premier ministre Mamouka Bakhtadzé annonçait que ces crédits seraient rachetés fin décembre, notamment par la banque Cartu de M. Ivanichvili. C’est une « mesure désespérée », ironisait G. Vashadzé tandis que les grandes ONG du pays dénonçaient un « gigantesque achat de voix ».

Le montant de la facture totale, 500 millions d’euros, en dit long sur la détermination d’Ivanichvili à faire barrage à Saakachvili. (…) Les opposants du milliardaire soulignent eux qu’il a fait fortune en Russie, que le problème d’un oligarque « russe » est de devenir pleinement propriétaire de ses biens, et qu’il a vendu  à un bon prix » (selon ses propres mots) ses actifs chez le grand voisin, malgré l’urgence dans laquelle il se trouvait en 2012 alors qu’il se lançait en politique. Bref, se demande-t-on, comment croire qu’Ivanichvili n’est pas toujours « tenu » par le Kremlin ?

La campagne s’est résumée à un affrontement Ivanichvli – Saakachvili, oubliant les préoccupations des 3,7 millions de Géorgiens (pauvreté, chômage, santé…). (…) Samedi dernier, pendant que Roustavi 2, puissante télévision aux mains du MNU, diffusait un reportage sur l’académicienne française Hélène Carrère d’Encausse, insinuant que ses positions prorusses doivent être partagées par sa cousine S. Zourabichvili, le parti au pouvoir lui poussait l’Alliance des Patriotes, parti xénophobe et dont les six députés se rendent régulièrement à Moscou, à organiser sa manifestation du lendemain « contre le nazisme ». (…)

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