Le Figaro : Haro sur les oligarques en Arménie

Article publié dans le Figaro le 10 décembre 2018

La lutte contre l’oligarchie était un des axes de mobilisation lors de la « révolution de velours » au printemps. Le premier ministre sortant, Nikol Pachinian, assure désormais que le statut d’oligarque n’existe plus dans le pays.

(Extraits) En se rendant aux urnes pour les législatives anticipées de ce dimanche, Narek, un pompier approchant de la soixantaine, confiait avoir déposé son bulletin dans l’urne entre autres pour mettre fin au pouvoir des oligarques. (…) La résignation de cet électeur
contraste avec les déclarations du premier ministre sortant Nikol Pachinian, héros de la « révolution de velours » d’avril-mai et chef d’un parti appelé à dominer lourdement le futur parlement arménien. Fin octobre, il déclarait triomphalement « qu’il n’y a plus
d’oligarques en Arménie » ou qu’ils existent toujours comme personnes « mais que leur statut a cessé d’exister ». « Ce qui compte, c’est qu’ils ne pèsent plus sur la politique. D’ailleurs, dans le Parlement sortant, une vingtaine d’oligarques y siégeaient, sur cent cinq députés, et dans le prochain, il n’y en aura quasiment aucun », remarque Artak
Manoukian, le conseiller économique de Nikol Pachinian. L’objectif a été de retirer lesdits oligarques du jeu politique, mais pour autant sans déstabiliser l’économie. (…) « Nous avons cassé les monopoles dont jouissaient certains et nous restaurons peu à peu la concurrence. Par exemple, un produit comme le sucre était dans les seules mains de Samuel Aleksanian. Aujourd’hui, il demeure un acteur clé du secteur,  mais des concurrents apparaissent. Du coup, le kilo de sucre est passé de 323 à 285 drams (soit de 58 à 51 centimes d’euros) ces derniers mois », explique Artak Manoukian. (…) L’affaire est plus compliquée avec ceux qui conservent un « capital » politique, comme ceux de la diaspora arménienne en Russie et dont le Kremlin avait pour habitude de se servir pour peser sur le cours des choses dans la petite République caucasienne. Ainsi, Samuel Karapétian, que Moscou a laissé manoeuvrer pour tenter d’imposer dans l’urgence
un premier ministre prorusse lors des événements du printemps, voit-il aujourd’hui les affaires de son groupe Tachir poursuivre ses activités sans problème. C’est aussi le jeu politique intérieur qui a contraint Nikol Pachinian à pactiser avec celui qui apparaît pourtant comme le prototype même de l’oligarque postsoviétique, Gaguik Tsaroukian. Pour bouter l’ancienne équipe dirigeante hors du Parlement, Pachinian a dû signer un
accord avec son parti Arménie prospère. (…)

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