RFI : Turkménistan, les cheveux du président, un enjeu politique?

Entretien publié sur RFI le 14 janvier 2019

Au Turkménistan, les écoliers ont découvert dans leur classe un nouveau portrait de leur président. Gourbangouly Berdymoukhamedov a désormais les cheveux gris. Dans cette dictature post-soviétique où le culte de la personnalité est particulièrement fort, jusque-là, les portraits du chef de l’Etat âgé de 61 ans le montraient la chevelure bien noire, bien brune !

De notre correspondant dans la région,

Le premier président du Turkménistan indépendant, après 1991, Saparmourad Niazov, avait imposé au tournant des années 2000 de remplacer ses portraits accrochés partout dans le pays sur lesquels on le voyait chevelure blanchie, par une photo où il avait les cheveux noirs. C’était donc le mouvement inverse. D’un culte de la personnalité à un autre… Gourbangouly Berdymoukhamedov lui, semble accepter les marques du temps. Il aura 62 ans en juin prochain, et dans ce pays musulman, c’est un âge symboliquement important puisque c’est celui auquel est mort le prophète Mahomet.

Le cheveu présidentiel, une symbolique ubuesque

Le président turkmène semble vouloir en tous cas se donner l’image d’un sage, ce qu’on appelle en Asie centrale un « ak-sakal », une barbe blanche. La pratique du culte de la personnalité, elle, reste la même. Saparmourad Niazov, qui se faisait appeler Turkmenbachi, le « père de tous les Turkmènes », outre qu’il se faisait dresser des statues en or, ce que ne fait pas Berdymoukhamedov, avait inauguré la pratique de l’accrochage de ses portraits partout dans le pays : classes d’école, bureaux de l’administration, magasins etc. Cela parait anecdotique, mais en réalité c’est un outil de pression sur le peuple très puissant. Il n’est pas question que ce portrait, dans un bureau par exemple, soit mal positionné ou sali. Il faut afficher une sorte de dévotion au président. Cette photographie officielle doit d’ailleurs être achetée avec ses propres deniers.

Amorcer une transition encadrée

Si le président turkmène accepte d’être représenté « cheveux grisonnants », c’est aussi parce qu’il prépare sa succession. Le 2 janvier dernier, Serdar, le fils de Gourbangouly Berdymoukhamedov a été nommé vice-gouverneur de la région d’Akhal, qui est celle de la « tribu », on dit comme cela, de la famille du président. C’est un poste important, un vrai tremplin pour un futur… forcément radieux.

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