France Culture: Le vrai-faux retour de Ioulia Tymochenko

C’est déjà le troisième essai de Ioulia Tymochenko dans la course à la présidentielle. Et elle a beau être un chat politique aux neuf vies, elle pourrait ici jouer sa carte de la dernière chance.

Reportage diffusé dans les journaux de la matinale, sur France Culture, le 23/01/2019

Elle est de retour, même si pour les Ukrainiens, elle n’a jamais vraiment quitté la vie publique. Ioulia Tymochenko est une des figures prépondérantes de la politique nationale depuis le début des années 2000 et son rôle dans la révolution orange de 2004. Elle a été première ministre, première opposante, prisonnière politique pendant deux ans. A sa libération en 2014, son niveau de popularité était au plus bas. Aujourd’hui, les sondages la donnent gagnante de l’élection présidentielle du 31 mars prochain. C’est hier, 22 janvier, qu’elle a officiellement annoncé sa candidature. A Kiev, Sébastien Gobert

Elle pourrait devenir la première femme présidente en Ukraine. Et pour cela, Ioulia Tymochenko joue de tous les répertoires. Elle se veut une figure maternelle, protectrice, qui va proposer une nouvelle constitution et insuffler un nouvel espoir dans un pays éprouvé par une grave crise économique et une hausse conséquente des prix de l’énergie. Elle se montre déterminée à mettre fin à la corruption endémique qui paralyse le pays. Mais elle se fait aussi sévère et inflexible quand elle se voit chef des armées d’un pays en guerre.

Ioulia Tymochenko: Mes opposants pensent qu’une femme ne peut pas être chef des armées. Mais ils ont oublié que le commandant en chef le plus efficace de notre histoire, cela a été une femme, la régente Olha (mère de Svyatoslav Ier, dirigeante de la Rous’ de Kiev de 945 à 960, ndlr.)! Pendant son règne, elle n’a pas perdu un mètre de territoire! Elle en avait même conquis, alors vous voyez… (rires et applaudissements dans le public) Je plaisante, je plaisante. Nous sommes une nation pacifique. En tout cas, il ne faut pas oublier non plus mon modèle politique contemporain, Margaret Thatcher. Elle ne peut pas être qualifiée de femme faible non plus!

Ioulia Tymochenko passe du rire aux larmes avec talent. Dans une des principales salles de spectacle de Kiev, le public de plusieurs milliers de personnes lui est acquis, même si des animateurs professionnels sont présents dans les allées pour ordonner applaudissements et mouvements de drapeaux. L’ancienne première ministre mène toujours la course dans les sondages, devant le président en poste Petro Porochenko. Celui-ci domine pourtant l’agenda politique et force Ioulia Tymochenko à s’aligner sur ses thèmes, religieux ou militaires. L’ancienne égérie de la révolution orange est aussi une personnalité clivante, détestée par beaucoup pour ses échecs passés et plusieurs affaires troubles. 50% des électeurs sont encore indécis, et il n’est pas sûr que la candidate maintienne son avance. C’est déjà le troisième essai de Ioulia Tymochenko dans la course à la présidentielle. Et elle a beau être un chat politique aux neuf vies, elle pourrait ici jouer sa carte de la dernière chance.

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