RFI: L’Ukraine, premier foyer d’infection de rougeole en Europe

L’Ukraine, encore une fois championne de la rougeole – et des maladies contagieuses – en Europe.

Intervention dans l’émission Priorité Santé, sur RFI, le 28/02/2019

Une tendance planétaire, on l’a dit qui inquiète OMS… Cette flambée de rougeole qui concerne particulièrement certains pays, certaines régions du MONDE … c’est le cas de l’Ukraine… En ligne de Kiev, on retrouve le correspondant de RFI, Sébastien Gobert.

Pour commencer Sébastien des chiffres… De quelles données disposez-vous au sujet de cette épidémie de rougeole, pour l’Ukraine…

Pour 2019, il y a un peu plus de 24000 personnes infectées par la rougeole. 10.500 adultes, et 13.500 enfants. La maladie a déjà tué 30 personnes depuis l’automne 2018, dont 9 depuis le début de cette année.

L’incidence de l’épidémie est + importante dans les régions ouest du pays, des zones rurales, très conservatrices, où beaucoup d’enfants vivent avec leurs grands-parents, puisque les parents travaillent à l’étranger.
La progression de l’épidémie ralentit, mais la rougeole continue quand même à se propager. Une vingtaine de policiers de la région d’Odessa, sur les bords de la mer noire, sont en quarantaine après avoir contracté le virus.

Avec ces chiffres, l’Ukraine représente le principal foyer d’infection en Europe. Et l’épidémie n’est pas encore finie.

Comment expliquer la hausse du nombre de cas, particulièrement, dans ce pays frontalier de la Russie ?

Ici comme ailleurs dans le monde, le déclenchement de l’épidémie est dû à un faible taux de vaccination. En 2016, seulement 31% des enfants âgés de 6 ans avaient reçu leur rappel de vaccins.

Après l’épidémie dramatique de l’an dernier, le taux de vaccination est remonté à plus de 80%. Mais problème reste général. On se souvient qu’en 2015, la polio avait fait sa réapparition sur le continent européen pour la première fois depuis 2010, précisément en Ukraine.

La défiance vis-à-vis des campagnes de vaccination est très importante en Ukraine. Pour expliquer cela, il faut rappeler qu’il y a eu plusieurs scandales de vaccins de mauvaise qualité, qui ont découragé des parents. Il y a aussi des explications pratiques au faible taux de vaccination, comme les problèmes d’achat, d’acheminement, de réfrigération des vaccins.
Dans l’est du pays, la guerre a aussi désorganisé les structures de santé. Et évidemment, les questions de corruption et de déficience des structures de l’Etat aggravent encore la situation.

Quelle est la réaction des autorités, depuis que l’épidémie s’est déclarée?

La ministre de la santé Ulyana Suprun, une Ukrainienne issue de la diaspora qui a grandi aux Etats-Unis, a mis en place des mesures d’urgence, par exemple des cliniques mobiles pour distribuer les vaccins, ainsi que des campagnes d’information spécifiques qui ciblent non pas les parents, mais les grands-parents, des enfants à vacciner.

Cette réaction dans l’urgence montre bien que les institutions de la santé public ne sont pas à même de prévenir ces crises de manière systémique. D’autant que l’affaire est très politique: Certains partis bénéficiaient auparavant de circuits de corruption que la ministre Suprun a cassé. Ils ont réussi à la suspendre de ses fonctions début février pendant quelques jours. Cela a retardé la livraison de vaccins dans les régions. La réaction des autorités est donc assez inefficace, c’est le moins que l’on puisse dire.

Est-ce que l’on assiste à un changement au sein de l’opinion… ou finalement, cette flambée en Ukraine n’a fait que conforter les camps rivaux : les pros et les anti vaccins ?

Non, il y a un véritable revirement de l’opinion publique en faveur d’une vaccination généralisée depuis quelques années. Mais ce que les familles attendent avant tout, c’est que les réformes promises par Ulana Suprun portent leurs fruits. Pour que la qualité des vaccins soient garantie, que les distributions soient régulières et suffisantes, que les installations hospitalières soient modernisées, et ainsi de suite. En fait, la grande question de la vaccination, ici comme partout, c’est celle de la confiance dans le système médical. Et en Ukraine, on en est encore loin.

Merci beaucoup pour toutes ces précisions, Sébastien Gobert… je rappelle que vous étiez en ligne de Kiev… en Ukraine.

  1. Francoise Nice March 4, 2019 at 10:20

    Merci pour ce sujet, tellement révélateur de ce qui se passe en Ukraine. Cela fait penser à l’effondrement de la Russie soviétique et sa transition vers un capitalisme ultra-libéral sous Eltsine. Ils coïncidèrent avec un recul très marqué de l’espérance de vie, du à l’effondrement des anciennes structures de santé publique, qui étaient déjà rongées par le recours à l’enveloppe glissée au médecin salarié d’état.

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