LLB: Petro Porochenko désavoué par ses soldats?

La moitié des soldats mobilisés sur le front de l’est n’ont pas voté pour Petro Porochenko. Les militaires ne sont pas suffisamment nombreux pour décider de l’issue du scrutin. Mais leurs choix dans les urnes seront autant de juges de l’héritage de leur commandant en chef.

Article publié dans la Libre Belgique, le 18/04/2019

“On a plus d’équipement et d’armes qu’en 2014, c’est sûr. Mais de mon point de vue, le niveau de l’armée a considérablement baissé sous Petro Porochenko”. La critique “d’Arty Green”, du surnom de Yevhen, un ancien commandant du bataillon “Kyivska Rous’”, est dure vis-à-vis du chef des armées. “Les soldats actuels doivent tenir leurs positions dans des conditions précaires, sans perspective de résolution du conflit, cela n’a pas de sens”. Selon Arty Green, il est normal que la moitié d’entre eux n’ait pas soutenu Petro Porochenko au premier tour de l’élection présidentielle, le 31 mars.

Le chef de l’Etat a obtenu 12836 voix des 79 bureaux de vote spéciaux établis le long de la ligne de front dans l’est de l’Ukraine. Son opposant, le comédien Volodymyr Zelenskiy, 12423. L’écart d’environ 400 voix est vécu comme une gifle pour Petro Porochenko, qui avait articulé sa campagne sur le triptyque “Armée! Foi! Langue!”, et sur la consolidation de l’armée. Le sergent réserviste Martin Brest admet de grands changements depuis l’état de déliquescence de 2014, au début de la guerre. Néanmoins les “soldats actuels sont des contractuels, et non plus des volontaires. Ils ne choisissent pas leur affectation ou leur mission. Et tous les problèmes sont rapportés au commandant en chef…”

Il n’a pas été possible d’entrer en contact avec des soldats actuellement sur le front pour la rédaction de cet article. Néanmoins, l’ancien commandant Arty Green assure que leurs raisons sont tout autant politiques que matérielles. “Le commandement n’a aucune stratégie pour terminer cette guerre, et ne fait qu’imiter l’action militaire”, s’indigne-t-il. Les scandales de corruption, dont le dernier a impliqué un proche collaborateur de Petro Porochenko, ne font qu’aggraver le ressentiment des troupes. Si le chef des armées avait promis, en 2017, de “couper les mains de ceux qui s’enrichiraient aux dépends de l’armée”, il a en fait été lent à réagir.

Petro Porochenko se dissocie tant bien que mal de ces critiques, et joue la carte de l’unité nationale face à l’agression russe. Ses dernières affiches de campagne le montrent face à face avec Vladimir Poutine, un commandant en chef face à son ennemi. Mais cette initiative fait, elle aussi, débat. “Est-ce à dire que Volodymyr Zelenskiy est associé à Vladimir Poutine? Et que les soldats qui ont soutenu le comédien soutiennent en fait le Kremlin?”, s’insurge la député d’opposition Svitlana Zalischouk.

La candidature de Volodymyr Zelenskiy divise tout autant. En 2014, il avait proposé de s’agenouiller devant Vladimir Poutine pour le dissuader d’attaquer l’Ukraine. “Nous ne pouvons pas permettre que notre pays soit gouverné par un tel lâche”, assène ainsi Maksym Kamenetskiy, au nom d’une association de vétérans qui “ont tous été prêts à donner leurs vies pour l’Ukraine”. Plusieurs hauts gradés ont annoncé qu’ils refuseraient d’obéir aux ordres d’un président Zelenskiy. Soit une menace de tensions à venir. Alors que le comédien a promis de relancer les négociations de paix avec Vladimir Poutine, il reste à voir si ses premiers gestes en tant que commandant en chef seraient validés par ses troupes.

Leave a Reply

%d bloggers like this: