La Croix : en Ukraine, le plus dur commence pour Zelensky, le comédien devenu président

Article publié par La Croix le 22/04/2019

Analyse. Volodymyr Zelensky a infligé, dimanche 21 avril, une monumentale défaite au président sortant Petro Porochenko, en remportant 73 % des voix lors du second tour de l’élection présidentielle d’après un décompte partiel des bulletins.

Fabrice Deprez (à Kiev)

Jusque dans la victoire, Volodymyr Zelensky aura entretenu la confusion entre l’homme politique – président désormais – et le comédien : lorsqu’il arrive à son QG de campagne, dimanche 21 avril, quelques minutes avant l’annonce des résultats, c’est « J’aime mon pays », le générique de la série télé dans laquelle il incarne un professeur d’histoire devenu président qui l’accompagne.

Depuis l’annonce de sa candidature, quatre petits mois lui auront suffi pour passer de l’état de star de la télévision à celui de sixième président de l’Ukraine post-soviétique. Volodymyr Zelensky a écrasé son opposant, le sortant Petro Porochenko, en remportant 73,2 % des voix, après le décompte de plus de 80 % des bulletins. Le score le plus élevé jamais réalisé par un candidat à la présidentielle ukrainienne depuis l’indépendance du pays en 1991.

Petro Porochenko paye ainsi comptant le sentiment auprès de la population d’une absence de changement depuis la révolution de 2014. Le président a immédiatement reconnu sa défaite mais promis, en citant Churchill, de rester en politique : « Ne vous rendez jamais ! », s’est-il exclamé dès l’annonce des résultats.

Surveillé de près

Malgré l’ampleur de sa victoire, les choses pourraient vite se compliquer pour le nouveau chef d’État, qui a su profiter du rejet des Ukrainiens pour leur classe politique sans jamais, lors de sa campagne, s’étendre sur ses intentions post-électorales. Sur sa volonté de continuer les réformes entamées par la présidence Porochenko, Zelensky devra d’abord rassurer les pays occidentaux et les institutions internationales comme le FMI, avec lequel l’Ukraine a signé, en décembre, un prêt de 3,9 milliards de dollars.

Alors qu’Emmanuel Macron a compté parmi les premiers chefs d’États européens à féliciter le nouveau président, la présence dans son équipe de réformateurs appréciés des chancelleries occidentales – comme l’ancien ministre des Finances Oleksandr Daniliouk – est perçue comme un signe positif. Mais les liens de Zelensky avec l’oligarque ukrainien Igor Kolomoïsky continuent d’inquiéter. Sa politique à l’égard de la Russie sera surveillée de près, tant à l’Ouest qu’à Moscou.

« Je ne peux pas dire concrètement ce que l’on va faire »

Surtout, Zelensky ne dispose pour l’heure d’aucune force au parlement. Il devra, en attendant les élections législatives d’octobre, diriger en tablant sur de fragiles alliances. « Je ne peux pas dire concrètement ce que l’on va faire, déclare à La Croix Rouslan Stefantchouk, l’un de ses conseillers, présenté comme l’idéologue de son parti, le soir du second tour. On examine deux options, celle d’un parlement coopératif et celle d’un parlement hostile, et nos premiers pas dépendront de ces options. »

Dans le second cas, le président élu se retrouverait dans une position d’impuissance similaire à celle connue par Viktor Iouchtchenko, arrivé au pouvoir à la suite de la Révolution orange de 2004 mais rapidement affaibli par des affrontements avec le parlement. Si le personnage joué par le comédien Zelensky dans la série télé Serviteur du peuple avait finalement surmonté l’opposition des députés corrompus, la tâche sera plus compliquée pour le président – le vrai.

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