RFI: Trois jours après la victoire de Zelenskiy, Moscou délivre des passeports dans les républiques auto-proclamées de l’est de l’Ukraine

Vladimir Poutine signe un décret facilitant la délivrance de passeports russes aux habitants de “LDNR”. Un nouveau coup porté aux négociations de paix de Minsk, et une provocation lancée à Volodymyr Zelenskiy.

Analyse diffusée dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 25/04/2019

Photo: Niels Ackermann / Lundi13

Nouveau regain de tensions entre l’Ukraine et la Russie. Vladimir Poutine a signé un décret facilitant la délivrance de passeports russes aux habitants des républiques séparatistes de Donetsk et Louhansk, dans l’est de l’Ukraine. Selon l’entourage du président russe, c’est un geste humanitaire, et un “devoir vis-à-vis des russophones”. L’initiative enrage Kiev, et porte un coup aux processus de paix. Elle intervient trois jours après l’élection du comédien Volodymyr Zelenskiy, qui avait promis de relancer ces négociations de paix avec le Kremlin. A Kiev, Sébastien Gobert

“C’est une nouvelle étape de l’occupation du territoire ukrainien par la Russie”. A Kiev, le ministre des affaires étrangères Pavlo Klimkine s’indigne face à une “agression supplémentaire, et une ingérence” dans les affaires intérieures de l’Ukraine. Il a saisi le conseil de sécurité de l’ONU sur la question. Selon le secrétaire du conseil de sécurité et de défense, Oleksandr Tourtchinov, la Russie pose la base d’une intervention officielle de ses troupes, au contraire de la guerre non-déclarée qu’elle mène depuis 2014. “La loi russe autorise le recours aux forces armées hors des frontières nationales dans le but de défendre les citoyens de la fédération”, précise-t-il.

Légalement, les habitants des républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk sont des citoyens ukrainiens, malgré la guerre qui les sépare du pays depuis 2014. Le processus de paix de Minsk prévoit la réintégration de ces territoires. Les négociations sont gelées depuis 2016, et compliquées encore plus par cette décision.

Le Kremlin exerce ainsi une pression considérable sur Volodymyr Zelenskiy. Lui a aussitôt condamné le geste. “La Russie reconnaît sa responsabilité en tant que puissance occupante”, a-t-il dénoncé dans un communiqué. “Ce décret nous éloigne toujours plus du premier de nos objectifs: faire cesser les combats”. Le président tout juste élu avait promis de tendre la main aux populations de l’est, par exemple en payant les pensions des retraités. Il sera difficilement justifiable de verser de l’argent à des détenteurs de passeports russes. La Constitution ukrainienne ne reconnaît pas la double-citoyenneté. Volodymyr Zelenskiy avait aussi annoncé une “guerre de l’information” visant à convaincre les habitants des zones séparatistes “que l’Ukraine a besoin d’elles, qu’elles ont besoin de l’Ukraine”.

Selon Bohdan Petrenko, vice-directeur du centre d’études de l’extrémisme, cité par l’agence de presse Unian, il s’agirait de forcer Volodymyr Zelenskiy à adopter une posture claire dès le début de son mandat. “Moscou ne souhaite pas se retrouver dans le flou qu’avaient entretenus Viktor Ianoukovitch ou Donald Trump au début de leurs mandats”, analyse-t-il. Que le nouveau locataire de la rue Bankova soit conciliant ou ferme, l’essentiel pour Vladimir Poutine serait d’être fixé rapidement. Forcer Volodymyr Zelenskiy a dévoiler ses intentions, de même que son équipe, serait aussi une manière de scinder son électorat très hétérogène, et de recomposer le paysage politique en amont des législatives d’octobre selon Igar Tishkevitch de l’Institut du Futur. Nul doute que les électeurs de Iouriy Boyko, de Ioulia Timochenko, ou d’Anatoliy Hritsenko, qui ont tous voté pour Volodymyr Zelenskiy au second tour de la présidentielle, accueilleront de manière différente la réaction du nouveau président.

Avec cette initiative, qui s’ajoute à de fraîches sanctions commerciales et énergétiques, le Kremlin teste la détermination du jeune président. Viktor Medvetchouk, un proche de Vladimir Poutine, est déjà revenu sur une série de “cadeaux” que le Kremlin avait considéré offrir à Volodymyr Zelenskiy: de moindres prix du gaz ou encore la libération de 24 marins ukrainiens capturés en novembre. Il attend des “gestes concrets” de la part de la nouvelle équipe. Le message est clair: Vladimir Poutine ne réservera aucun traitement de faveur à Volodymyr Zelenskiy, à moins d’obtenir de sérieuses concessions.

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