BIP : Porochenko : une présidence réformatrice pour le secteur gazier

Article publié dans le BIP (Bulletin de l’Industrie Pétrolière)  le 26 avril 2019

@ Photo: Niels Ackermann / Lundi13

(Extraits)

Le dégagisme gagne l’Ukraine. (…) Pourtant, le bilan « réformateur » de Petro Porochenko est réel, notamment dans le secteur clé du gaz. (…) Un ras-le-bol nourri de bonnes raisons et parfois d’ingratitude, tant le pays s’est engagé depuis la « révolution de Maïdan » début 2014 dans des réformes et un assainissement sans précédent, en particulier dans le secteur gazier.
Le préalable des réformes a été de changer du tout au tout la façon de traiter avec la Russie. « Gazprom nous fournissait 100 % de notre gaz, aujourd’hui elle ne nous en fournit plus une goutte. Mais surtout, la Russie pesait lourdement sur le fonctionnement du marché intérieur du gaz grâce à un tas de mécanismes obscures, qui lui donnaient de puissants leviers politiques en Ukraine », souligne Youri Vitrenko, le directeur exécutif de Naftogaz, la société gazière nationale. Désireuse de couper les ponts avec Moscou, après l’annexion de la Crimée et le déclenchement du conflit du Donbass en 2014, Kiev a refondu la gouvernance de Naftogaz, libéralisé le marché du gaz ou supprimé nombre d’occasions de pratiques corruptives. Le tout dans un énorme effort pour pivoter vers l’Europe.
(…) Dans cette logique, les grandes entreprises d’État viennent par exemple de se doter d’un Conseil de surveillance dont quatre des sept membres doivent désormais être étrangers. « C’est ainsi que j’ai été nommé membre indépendant du Conseil de surveillance de Naftogaz. Cela témoigne de l’orientation prise par le pays, qui agit aussi sous la pression des Institutions Financières Internationales (…) », témoigne
Bruno Lescoeur, ancien directeur général adjoint d’EDF.
« Lorsqu’on sait combien ce secteur était corrompu, que Naftogaz était déficitaire et qu’elle dégage désormais un milliard de dollars de bénéfice par an, on mesure le chemin parcouru. Certes, un oligarque comme Dmitro Firtach demeure un acteur important du secteur, mais les règles du jeu ont changé », relève l’expert Michael Gonchar. Dans ce contexte, Engie a ouvert une filiale ukrainienne en 2016, pour développer son activité de ventes et trading de gaz sur le marché intérieur (en plus des livraisons historiques à la frontière, 1 MMC en 2018). « C’est un grand marché, en pleine ouverture de la concurrence, en voie de modernisation, qui vient par exemple de passer d’un équilibrage mensuel à quotidien. Nous voulons nous faire connaître dans le pays et développer notre présence en Europe de l’Est », affirme Inna Antipova, directrice d’Engie Energy Management Ukraine.
(…) « Gazprom refuse de donner des garanties sur les volumes et nous demande de
renoncer au verdict que la Cour d’arbitrage de Stockholm a prononcé en notre faveur en 2018. Nous ne céderons pas, même si cela coûte 4 % de croissance à l’Ukraine », prévient Youri Vitrenko. Voilà qui risque de provoquer encore une fois une nouvelle donne dans le secteur gazier ukrainien.

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