Enerpresse : Électricité, l’Ukraine sur le point d’ouvrir son marché

Article publié dans Enerpresse le 29 avril 2019

@ Photo dtek.com

Le 21 avril, les Ukrainiens ont élu président un comédien, Volodymyr Zelensky. Du
« dégagisme » sur fond de campagne aussi innovante que populiste où le candidat a plaidé pour une baisse des tarifs du gaz et de l’électricité, et ce alors que le pays est sur le point de déréguler le marché de l’électricité.

Les prix du gaz et de l’électricité figurent en tête des raisons qui ont conduit 73 % des Ukrainiens à élire comme président 21 avril le comédien et humoriste Volodymyr Zelensky, 41 ans. Vitupérant contre la classe politico-oligarchique qui dirige le pays depuis la chute de l’URSS, M. Zelensky a promis d’améliorer le quotidien de ses 43 millions de compatriotes. Mais il est resté flou sur la méthode et n’a pas semblé prendre en compte les profondes réformes en cours, comme la dérégulation du marché de l’électricité qui doit entrer en vigueur le 1er juillet.
« Jusqu’à présent, pour des raisons éminemment politiques, la population payait ses kWh au-dessous du coût de production tandis que les industriels, eux, les surpayaient. Avec l’ouverture du marché de l’électricité, sous la pression des institutions financières internationales, les tarifs devraient monter », fait observer Dennis Sakva, du fond d’investissements Dragon Capital. Du coup, mais aussi en raison d’un système complexe né de la régulation des tarifs, « il y a à craindre que nombre d’acteurs ne seront pas prêts le 1er juillet, lorsque l’acheteur unique sera remplacé par le fonctionnement anonyme du marché de l’électricité », constate le Français Olivier Appert, membre depuis quelques mois du Conseil de surveillance d’UkrEnergo, société d’État gestionnaire du réseau de transport national.
La manoeuvre apparaît d’autant plus délicate que le secteur électrique ukrainien est en pleine refondation. Avec la « Révolution du Maïdan » de 2014, l’ex-république soviétique a fait le choix de l’Occident et suscité l’ire de Moscou, qui a annexé la Crimée et déclenché un conflit dans le Donbass. « Ce conflit nous a fait perdre onze mines d’anthracite et obligés non seulement à transformer nos centrales électriques, pour qu’elles puissent fonctionner avec des charbons moins riches, mais aussi revoir profondément la stratégie de l’entreprise, en investissant dans la production gazière ou les énergies renouvelables », raconte Youlia Shilina, directrice de communication de DTEK, acteur clé du secteur électrique national appartenant à Rinat Akhmetov, le plus gros oligarque ukrainien.
Le mix électrique national est appelé à évoluer. Sur les 155 TWh produits en 2017, 55 % proviennent des quatre centrales nucléaires du pays, 37 % des unités thermiques et 7 % de l’hydroélectrique. Kiev veut réduire voire supprimer sa dépendance à l’égard de la Russie. D’où un soutien financier les plus attractifs du vieux continent, pour un objectif de 13 % de renouvelables dans la production d’électricité d’ici 2035. Dans ce contexte, le Français Total Eren et le Norvégien NBT ont signé en janvier des accords de financement pour un projet éolien de 250 MW dans la région de Kherson, au sud du pays (cf. Enerpresse n°12248).
« C’est toute la politique énergétique du pays qui se veut une mise en phase avec l’Europe. D’où d’énormes chantiers qui s’ouvrent comme la modernisation des réseaux hérités de l’URSS ou l’intégration au système électrique européen », explique M. Appert. « On ne peut que s’en réjouir, mais hélas nos oligarques conservent leurs vieilles pratiques en réalité coûteuses pour la population. Et je ne suis pas sûr que notre nouveau président aura la volonté et la capacité de changer cela », déplore l’expert de l’énergie Michael Gonchar, qui dirige le Center for Global Studies « Strategy XXI ».

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