RFI: Arrestations en série en Ingouchie

Cela fait plusieurs mois qu’un mouvement de protestation d’ampleur agite l’Ingouchie : les habitants de cette petite république du Caucase russe s’opposent à un accord signé l’automne dernier, sans leur consentement, avec la Tchétchénie voisine. Un accord qui fixe le tracé de la frontière entre les deux républiques à la défaveur de l’Ingouchie. Fin mars, la contestation atteignait son point d’orgue dans la capitale, Magas, donnant lieu à des affrontements avec la police. Depuis, la répression est féroce en Ingouchie.

Par Etienne Bouche

Diffusé le 20/06/2019 dans l’émission “Accents d’Europe”, sur RFI.

Les images avaient fait le tour des réseaux sociaux jusqu’à intéresser la presse nationale. Environ 20.000 personnes dans la rue principale de Magas, une ville-maquette habituellement déserte. Prise sans consultation populaire, la décision a mis le feu aux poudres en Ingouchie. Les manifestants réclamaient non seulement un référendum sur la question, mais aussi la tête du dirigeant de la république. Considéré comme un pantin de Moscou, Iounous-bek Evkourov* est jugé incapable de défendre les intérêts de son peuple. A l’époque soviétique, les peuples ingouche et tchétchène étaient réunis au sein d’une seule entité administrative. Le redécoupage du début des années 90 l’a divisée en deux républiques dont la frontière commune n’a pas été fixée. A Magas, un opposant actif à cet accord explique sous l’anonymat pourquoi la question territoriale est si sensible en Ingouchie.

« Vous comprenez, notre peuple est fier et bientôt nous n’aurons nulle part où enterrer les nôtres. Regardez notre territoire, il n’en reste quasiment rien. A mon sens, ces manœuvres visent à faire disparaître notre république, en donner une partie à la Tchétchénie, une autre aux Ossètes, comme si nous n’existions pas. C’est cette stratégie qui est à l’œuvre. Les autorités se sont mises à traquer les manifestants et ceux qui étaient présents sur place, ces personnes ont été arrêtées et mises en prison. On a sciemment envoyé nos aînés en Ossétie afin que nous ne puissions pas nous défendre ; on a envoyé les leaders dans les républiques voisines afin de semer la discorde entre les différents peuples du Caucase. »

Depuis fin mars, les réseaux sociaux, Telegram en tête, rapportent en effet quotidiennement interpellations et incarcérations. Dans ce redécoupage, les Ingouches estiment perdre des terres à forte valeur identitaire. Selon certains, cette décision révèle l’influence de Ramzan Kadyrov à Moscou et la volonté expansionniste du dirigeant tchétchène dans le Caucase.

* Mise à jour – Iounous-bek Evkourov a présenté lundi 24 juin sa démission du poste de dirigeant de l’Ingouchie.

Leave a Reply

%d bloggers like this: