RFI : Au Kosovo, l’économie peine à offrir des emplois à ses citoyens

Chronique diffusée sur RFI, le 23 juin 2019

Alors que les négociations sur la « normalisation des relations » entre Belgrade et Pristina sont plus que jamais dans l’impasse, l’économie du Kosovo peine à offrir des emplois à ses citoyens. Au contraire, malgré une croissance soutenue, les chômeurs sont toujours plus nombreux.

Comment comprendre ce paradoxe ?

Et bien, le Kosovo peut s’enorgueillir d’une croissance de son produit intérieur brut de 3,9% en 2017, une croissance bien supérieure à celle de la moyenne de l’Union européenne à la même époque, évaluée à 2,5%. Mais paradoxalement, selon les statistiques officielles du pays, 12.000 personnes de plus étaient au chômage en 2017 par rapport à l’année précédente et environ 30% de la population active de ce petit pays de deux millions d’habitants est toujours sans emploi. Pire encore, 100.000 personnes, soit 30% des 18-24 ans ne sont ni employés, ni scolarisés, ni en formation. Pour expliquer ces mauvais chiffres, on peut tout d’abord pointer le manque de diversité de l’économie locale, où le commerce est sur-représenté. Concrètement, le pays ne produit rien, où pas grand chose et son déficit commercial atteint trois milliards d’euros, soit autant que son produit intérieur brut.

Dans le même temps, les investissements étrangers se font rares…

Oui, il est toujours délicat pour un investisseur de s’engager au Kosovo, un pays dont l’indépendance est contesté par le voisin serbe et dont la souveraineté n’est toujours pas reconnue par cinq États de l’Union européenne, comme l’Espagne ou la Grèce. Les investissements directs étrangers sont donc principalement le fait de la diaspora et se concentrent dans l’immobilier, ce qui créé peu d’emplois. Ces derniers ont par ailleurs chuté de 16% entre 2017 et 2018, alors même que les fonds envoyés par les Kosovars qui travaillent en Europe occidentale ou aux États-Unis pour aider leurs familles restées au pays atteignent plus de 800 millions d’euros en 2018, en progression de 41 millions par rapport à l’année précédente. Ils se chiffrent même à six milliards d’euros depuis dix ans. Mais ces sommes servent surtout à payer les factures et à boucler les fins de mois, et les investissements productifs sont toujours très limités, en raison de la permanence d’une corruption importante. Dans ces conditions, le secteur informel représenterait 30% du produit intérieur brut du Kosovo, ce qui crée une concurrence déloyale et aggrave encore les conditions de travail des employés.

Dans ces conditions, l’exode massif qui touche la population devrait se poursuivre…

En effet, selon l’Agence des Statistiques du Kosovo, 170.000 personnes auraient quitté le pays entre 2013 et 2017 et ces départs sont toujours aussi soutenus. Dans les rues de Pristina, les écoles qui proposent des cours de langue pour les candidats à l’exil sont légions. Et la nouvelle législation votée au début du mois de juin par le Bundestag, qui prévoit d’ouvrir encore un peu plus le marché du travail aux migrants qualifiés et qui parlent allemand, devrait amplifier le phénomène. Désormais, les entreprises allemandes ne sont plus tenus de prouver qu’elles ne trouvent pas de citoyens allemands pour occuper un emploi, avant de le proposer à des travailleurs venus de pays extérieurs à l’Union européenne. Dans ces conditions, le personnel de santé, mais aussi les chauffagistes ou les électriciens pourraient bientôt venir à manquer au Kosovo, comme d’ailleurs dans tous les Balkans.

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