BIP : Ukraine – UkrTransGaz dans le rouge au pire moment ?

Article publié dans le BIP (Bulletin de l’Industrie Pétrolière) du 3 juillet 2019

@ Photo: Niels Ackermann / Lundi13

(Extraits)

Le transporteur de gaz ukrainien UkrTransGaz est en quasi faillite en raison d’un système à bout de souffle. Une mauvaise nouvelle qui affaiblit la crédibilité de l’ex-république soviétique, qui a pourtant fait beaucoup d’efforts depuis cinq ans. Le 24 juin, la direction de Naftogaz, la société gazière nationale, se fendait d’un communiqué rageur au sujet de sa filiale UkrTransGaz, l’opérateur du réseau de transport de gaz naturel (connu sous l’acronyme GTS), dénonçant les 133 millions d’euros de dettes de la société et une « stabilité financière » intenable. « Cela fait déjà six mois qu’UkrTransGaz est en faillite en raison de tarifs artificiellement bas et de retraits de gaz non autorisés. Malheureusement, les autorités responsables ont choisi une stratégie consistant à ignorer les mauvaises nouvelles », a déclaré Andriy Kobolev, le p-dg de Naftogaz.
Ce que le très réformateur patron du gazier ukrainien dénonce, c’est la décision des autorités du pays de réduire les tarifs pour le transport du gaz depuis mai dernier et les lacunes du code de réseau de transport de l’or gris. « La colère chez Naftogaz est d’autant plus grande que cela arrive au pire moment. C’est vraiment l’Ukraine qui se tire une balle dans le pied. Avec cette situation, UkrTransGaz n’a plus le fonds de roulement nécessaire pour remplir ses capacités de stockage au moment où il faudrait le faire, alors qu’à compter du 1er janvier prochain le gaz russe risque de ne plus transiter par le pays et qu’il est plus urgent que jamais de s’intégrer au système européen. C’est l’année où l’Ukraine pourrait pleinement prouver à l’UE combien elle peut être un partenaire crédible et utile », déplore Bruno Lescoeur, ancien n°2 d’EDF qui siège aujourd’hui au conseil de surveillance de Naftogaz.
Une trop grande latitude vis-à-vis des distributeurs régionaux
(…) Le problème repose aussi dans l’organisation du secteur qui laisse la part belle
aux distributeurs régionaux, les OblGas, qui, du fait du souci du gouvernement de ne pas
laisser flamber les tarifs pour les ménages… (…) De fait, le grand bénéficiaire de ce système complexe typiquement ukrainien, mêlant souci de prévenir la colère populaire et petits arrangements entre cercles d’affaires et gouvernement, est l’oligarque Dmitry Firtach. Il contrôle toujours autour de 85 % des OblGas, malgré sa déplorable image, celui-ci étant considéré à Kiev comme « l’homme des Russes » dans un secteur qui est depuis un quart de siècle un puissant levier d’influence et de pression de Moscou auprès de l’Ukraine.
Kobolev et ses équipes soutiennent UkrTransGaz autant que possible. (…) Il s’agit pour Nafotgaz de conserver le capital de respectabilité auprès de l’UE et des bailleurs de fonds internationaux que la société et le pays en général ont accumulé depuis 2014 et le début des profondes réformes d’un secteur qui a toujours été très corrompu depuis la chute de l’URSS.

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