Le Monde diplomatique : Dans les Balkans, les frontières bougent, les logiques ethniques demeurent

Article publié dans numéro d’aout du Monde diplomatique, avec Jean-Arnault Dérens

Le principe d’intangibilité des frontières n’a cessé d’être transgressé dans les Balkans, où l’on reparle d’un échange de territoires entre le Kosovo et la Serbie. Depuis deux siècles, la quête d’une homogénéité ethnique obnubile cette région d’une grande diversité culturelle et religieuse, détournant l’attention des enjeux économiques et sociaux.

Tandis que s’intensifiaient les discussions internationales sur le statut du Kosovo en 2007, une formule faisait florès : reconnaître l’indépendance de l’ancienne province serbe, placée depuis 1999 sous administration provisoire de l’Organisation des Nations unies (ONU), reviendrait à poser la « dernière pièce du puzzle balkanique ». Douze ans plus tard, cette indépendance n’est toujours que partiellement reconnue, et une nouvelle hypothèse occupe tous les esprits et les chancelleries depuis l’été 2018 : la Serbie et le Kosovo pourraient signer un accord définitif, Belgrade reconnaissant l’indépendance en échange d’un redécoupage territorial. La zone majoritairement serbe du nord du Kosovo pourrait rejoindre la Serbie, tandis que celle-ci céderait à Pristina une partie de la vallée de Preševo, dans le sud de la Serbie, où réside une population essentiellement albanaise.

Boîte de Pandore, une telle « correction » des frontières pourrait en entraîner d’autres et s’accompagner de déplacements de populations dans une région déjà meurtrie par des années de guerre et d’émigration. Elle pourrait réveiller les démons d’une grande Albanie, étendue aux Albanais du Kosovo, voire de Macédoine, ou d’une Grande Serbie, intégrant la Republika Srpska, l’entité serbe d’une Bosnie-Herzégovine toujours divisée. Les partisans de cette solution défendent la singularité du Kosovo, comme lors de sa déclaration d’indépendance, et le principe de discussions menées par les intéressés eux-mêmes, par les voix du président du Kosovo, M. Hashim Thaçi, et de celui de la Serbie, M. Aleksandar Vučić. « Pendant des années, on a reproché aux pays de la région de ne pas négocier, de trop dépendre de l’Occident, qui imposait des solutions. Et maintenant que deux dirigeants se montrent responsables et travaillent ensemble, on leur dit non ? On ne peut pas toujours être des chaperons ! », s’exclamait en septembre 2018 M. Wolfgang Petritsch, haut représentant en Bosnie-Herzégovine (dirigeant de fait, désigné par l’Union européenne) de 1999 à 2002, converti de (…)

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