Mediapart : La destruction programmée des dernières rivières sauvages d’Europe

Un grand format de Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin, Marija Janković et Rafael Yaghobzadeh.

Cent quatre-vingts barrages et dérivations édifiés depuis 2015, deux cents en construction, et 2 800 autres dans les cartons… Les « minicentrales » hydroélectriques sont à la mode dans les Balkans. Ces projets, souvent soutenus par l’Union européenne, permettent à des potentats locaux de blanchir leur fortune ou de capter des subventions, sans que leurs avantages économiques ne soient évidents : la capacité de production électrique demeure faible, tandis que toutes les autres sources d’énergie renouvelable, comme le solaire ou l’éolien, sont encore sous-développées.

Malgré les promesses des gouvernants, ces ouvrages ne créent guère d’emploi que lors de leur construction – ensuite, il suffit bien souvent d’un gardien et d’un ou deux techniciens pour les faire tourner. En revanche, les ravages environnementaux sont irréversibles, et les barrages menacent directement le mode de vie des communautés rurales, privant d’eau agriculteurs et éleveurs.

De la Slovénie à la Grèce, un vent de fronde soulève en réaction les Balkans. Partout, les sociétés civiles se dressent contre ces projets, mobilisant en premier lieu des populations rurales pourtant peu habituées à la contestation. « La transition libérale a cassé nos usines et nos services publics. Il ne nous reste que la nature, et même ça, on veut nous le prendre », dénoncent ainsi les défenseurs de la rivière Bukovica, dans le nord du Monténégro.

Plusieurs luttes ont déjà été payées de succès. Le 19 mai 2019, la justice bosnienne a cassé le projet de centrale de Buk Bijela, dont on parlait depuis les années 1970. En Slovénie, le gouvernement a annoncé le 30 mai qu’il renonçait à la construction de huit centrales sur la rivière Mur, dans le nord du pays, et le Parlement européen s’est prononcé contre la poursuite de certains projets engagés en Albanie ou au Monténégro.

Les travaux sont partiellement arrêtés sur la Vjosa, en Albanie, et la BERD a renoncé à financer le projet de centrale de Boškov Most, dans le parc national de Mavrovo, en Macédoine du Nord.

La mobilisation se poursuit en Serbie contre les projets de centrales dans le massif de la Stara Planina, au Monténégro comme au Kosovo où, une fois n’étant pas coutume, Albanais et Serbes sont unis contre les projets de centrale à Štrpce/Shtërpcë. Tour d’horizon des projets et des résistances.

Leave a Reply

%d bloggers like this: