RFI: L’Ukraine, acteur majeur du marché européen de la fertilité

Entre le business de GPA et les expérimentations sur la PMA, l’Ukraine comme place forte du marché mondial de la fertilité. Photo: Niels Ackermann / Lundi13

Papier diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 09/10/2019

Alors que le débat sur la PMA fait rage en France, les questions d’éthique n’ont jamais suscité de forte controverse en Ukraine, une des plateformes mondiales de la Gestation pour Autrui. Le phénomène est peu encadré, aussi les estimations donnent une fourchette large entre 1000 et 2000 naissances par mère porteuse par an. Plusieurs méthodes de PMA, notamment une technique pionnière de fécondation in vitro, sont en développement dans le pays. A Kiev, Sébastien Gobert

C’est en mars 1991, quelques mois avant l’indépendance, qu’est née Katya Kulyova, la première bébé in vitro de l’histoire ukrainienne. Depuis, les différentes méthodes de Procréation Médicalement Assistée (PMA) se sont développées, dans une indifférence relativement générale. Il faut rappeler que la population a été éprouvée par des crises économiques à répétition et une guerre depuis 2014. La PMA ne s’est donc pas imposée comme un débat de société, tout au plus comme un objet de curiosité.

Pourtant, l’Ukraine compte parmi les principaux centres dans le monde pour la Gestation pour Autrui (GPA). Plusieurs cliniques, en particulier à Kiev et Kharkiv, la seconde ville du pays, recrutent des mères porteuses pour des couples en incapacité d’avoir des enfants. Plus de 90% de ces demandeurs sont des étrangers, qui dépensent entre 20.000 et 30.000 euros pour devenir parents. Il leur faut ensuite signer un acte d’adoption auprès de leur ambassade afin de repartir comme parents légaux. Cela est plus ou moins facile en fonction des pays concernés.

Plusieurs reportages et enquêtes ont démontré que la plupart des GPA se déroulent bien, que ce soit d’un strict point de vue médical ou en termes de relations entre les parents, la mère porteuse et la clinique. Mais plusieurs scandales ont déjà fait les gros titres, comme cette famille française bloquée à la frontière avec la Hongrie en 2011 en tentant d’exfiltrer deux nouveaux-nés non déclarés. Certaines cliniques sont connues pour des pratiques peu rigoureuses. Un flou juridique persistant entretient les problèmes. Une tentative d’adopter une loi pour encadrer la procréation médicalement assistée en 2018 n’a pas abouti à ce jour, et le système de PMA reste régulé par des décrets plus ou moins respectés.

Si la GPA ne suscite aucune controverse dans le pays, les travaux du professeur Zoukine sur la fécondation in vitro ont provoqué une levée de boucliers en 2017. Ce généticien a mis au point une méthode “d’enfant à trois parents”, selon laquelle l’ovocyte est composé presque entièrement du matériel génétique du père et de la mère et d’environ 0,15% de l’ADN d’une donneuse qui compense les déficiences du couple. Pour l’Eglise ukrainienne, c’est inacceptable. Mais malgré quelques protestations, les expérimentations continuent, et l’Ukraine reste un des points les plus actifs sur la carte du monde de la PMA.

Ecouter le papier ici (accès libre)

Pour une comparaison avec la situation en Russie, ne manquez pas le reportage d’Etienne Bouche sur le business de la GPA dans Accents d’Europe! A écouter ici

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