RFI: Mobilisation silencieuse en soutien aux “prisonniers politiques”

En Russie, les manifestations qui se sont succédé cet été à Moscou ont donné suite à de lourdes condamnations judiciaires. Les participants à ces rassemblements protestaient contre le refus des autorités d’enregistrer des candidats indépendants à l’élection des députés de la Douma municipale. Depuis la tenue du scrutin, la mobilisation est retombée mais elle se prolonge sous une autre forme : depuis un mois et demi, militants et anonymes participent à une action silencieuse chaque vendredi soir à proximité des stations de métro.

Par Etienne Bouche

Diffusé le 27/11/2019 sur RFI, émission “Accents d’Europe”.

Devant les portes de la station Akademitcheskaïa, des Moscovites chaudement vêtus se croisent dans un va-et-vient permanent. La semaine de travail se termine. Beaucoup ont le nez penché vers leur téléphone, d’autres ont le menton rentré dans le manteau, mais quelques-uns ralentissent le pas devant Vassili. Immobile, le trentenaire brandit une pancarte : « Nous sommes debout pendant que d’autres sont assis » – autrement dit, pendant que d’autres sont derrière les barreaux. Ce député du conseil de quartier fait ce qu’on appelle un « piquet ».

« J’essaie de regarder les passants dans les yeux, ce qui est perçu comme quelque chose de très étrange à Moscou. Les gens ici ont peur les uns des autres, ils sont comme des animaux sauvages qui se retrouveraient face à face dans le désert ou dans la forêt :  ils se regardent avec prudence et perçoivent ce contact visuel comme une menace. Avec mon sourire, j’essaie de les attendrir et de leur faire comprendre que nous ne sommes pas des ennemis. »

En Russie, le piquet individuel est l’unique moyen d’exprimer publiquement une opinion politique sans autorisation préalable des autorités. Chaque vendredi depuis mi-octobre, des citoyens viennent brandir une pancarte qu’ils se transmettent à tour de rôle. Tatiana sortait de l’épicerie quand elle a décidé de prendre le relai. L’une de ses connaissances a été condamnée à quatre ans de prison pour infractions répétées aux règles qui encadrent les manifestations.

« Quand des forces de l’ordre suréquipées s’en prennent à des personnes non armées, forcément ces personnes résistent. Alors on les arrête au motif qu’elles ont opposé de la résistance, qu’elles sont contre le pouvoir. En les condamnant à trois, quatre, cinq années de prison, on sabote la vie de ces jeunes qui n’ont fait qu’exprimer leur opinion. » Les participants se postent volontairement devant des stations de métro éloignées du centre-ville. La mobilisation a pour objectif d’attirer l’attention des Moscovites ordinaires.

A écouter en intégralité sur RFI.

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