RFI: Dans l’extrême-est de l’Ukraine, à la pointe de la recherche médicale

A quelques kilomètres de la ligne de front du Donbass, une entreprise a capitalisé sur le savoir-faire scientifique régional pour se hisser au sommet de la recherche médicale en Ukraine

Reportage diffusé dans l’émission Eco d’Ici, Eco d’Ailleurs, sur RFI, le 30/11/2019

L’Ukraine attend avec anxiété la rencontre dite du format de Normandie à Paris, le 9 décembre. Le président ukrainien Zelenskyy et russe Poutine se réuniront sous l’égide d’Emmanuel Macron et Angela Merkel pour relancer le processus de paix dans l’est de l’Ukraine. Entamée après l’annexion de la Crimée par la Russie, une guerre déchire la région depuis 2014. Plus de 13000 personnes y ont perdu la vie, selon l’ONU. Le Donbass fait face à de nombreux problèmes, en autres la faillite de l’industrie minière. Mais à quelques kilomètres de la ligne de front, des entreprises parviennent à se développer. L’une d’entre elles a capitalisé sur le savoir-faire scientifique de l’est pour se hisser au sommet de la recherche médicale ukrainienne. Sébastien Gobert s’est rendu à Roubijné, dans la région de Louhansk.

Pour trouver Pharmbiotest, il faut quitter la route principale de Roubijné, s’engager dans une voie mal pavée entre deux bâtiments en ruine, et avancer à travers une friche industrielle. Les locaux flambants neufs de Pharmbiotest n’en sont que plus surprenants. A l’intérieur, un espace moderne, aseptisé, bien éclairé, aux peintures fraîches.

Igor Kuznetsov: A l’heure actuelle, Pharmbiotest est le seul laboratoire qui mène des cycles complets d’analyse de médicaments en Ukraine.

Igor Kuznetsov est le directeur de Pharmbiotest, un centre d’analyse unique en Ukraine, établi en 2012.

Igor Kuznetsov: Ici nous testons la bio-équivalence entre des médicaments princeps commercialisés à l’étranger et des médicaments génériques produits ici en Ukraine, et donc vendus moins chers aux consommateurs.

Dans les étages, plusieurs patients volontaires pour les tests de médicaments se reposent dans des chambres confortables pendant la durée des examens médicaux. Pharmbiotest travaille à la demande d’entreprises pharmaceutiques ukrainiennes et étrangères, avec succès depuis 7 ans.

Trouver un tel endroit dans l’est de l’Ukraine est une surprise, à une cinquantaine de kilomètres de la ligne de front qui déchire la région. Pour Igor Kuznetsov, le projet s’est en fait imposé de soi.

Igor Kuznetsov: Les investisseurs qui ont rendu ce centre possible viennent d’ici. Ils avaient toutes les possibilités de partir, à Kiev ou plus loin, en Europe. Mais ils ont préféré construire l’Europe ici, où ils sont nés.

Il y a aussi une dimension pratique et économique à la construction d’un tel laboratoire dans la région.

Igor Kuznetsov: Monter une entreprise en Ukraine, c’est très difficile. Au moins ici, les coûts sont moindres. A Kiev, nos dépenses seraient montés au plafond, entre le coût de la main d’oeuvre, les loyers, le fonctionnement des équipements…

Reconnu en Ukraine et à l’étranger, Pharmbiotest fait partie de ces entreprises performantes qui ont réussi à survivre à la guerre.

Igor Kuznetsov: En 2014, il y a eu beaucoup de violences ici, et d’incertitudes. Nous avons pensé déménager, nous avons recherché des alternatives. Mais nous n’avons pas cessé notre activité, et nos spécialistes sont venus au travail chaque jour.

Non seulement l’entreprise est restée sur pied, mais elle a poursuivi son développement. On trouve dans les couloirs Matt Loudon, un ingénieur britannique. Il a mené plusieurs missions d’entretien du matériel, mais il pense qu’il n’aura bientôt plus besoin de revenir.

Matt Loudon: Ils peuvent régler 90% des problèmes par eux-mêmes. Ils se sont développés sans soutien technique ou scientifique pendant des années. Ils ont beaucoup appris par eux-mêmes.

Ce que Igor Kuznetsov recherche maintenant, ce sont des financements supplémentaires pour développer son offre d’analyses et de traitements médicaux. Il est en cela aidé par plusieurs partenaires étrangers, comme USAID. Il admet que l’état de santé publique en Ukraine est un problème très aigu.

Cantine

Igor Kuznetsov: Par exemple, nous voulons développer ici un centre médical qui puisse effectuer des hémodialyses, une méthode d’épuration du sang. Pour vous donner un ordre de grandeur, si en Allemagne 10 personnes sur 1000 ont besoin d’hémodialyse par an, ici en Ukraine c’est 1 personne sur 1000. Ca ne veut pas dire que les Ukrainiens sont en meilleure santé. Cela veut tout simplement dire qu’ils ne sont même pas diagnostiqués, et qu’ils meurent sans traitement.

Fin octobre, le président Volodymyr Zelenskyy a tenu une grande conférence internationale dans la ville portuaire de Marioupol, au sud, pour appeler des investisseurs internationaux à reconstruire la région. Une opportunité peut-être de concrétiser les ambitions de Pharmbiotest, et de développer d’autres entreprises innovantes dans l’est de l’Ukraine.

Ecouter le reportage ici

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