RFI, Accents d’Europe: Des informaticiens nigérians en Lituanie

Lituanie et Nigeria sont à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, mais rien d’étonnant, les technologies de l’information et la communication y jouent un rôle de plus en plus important. En Lituanie, le continent africain devient la nouvelle direction prise la diplomatie balte

Reportage diffusé dans l’émission Accents d’Europe, sur RFI, le 28/11/2019

Fin septembre, 15 jeunes Nigérians sont arrivés en Lituanie pour travailler comme programmeurs dans des sociétés en pointe en Lituanie pour un contrat de un an. Ils font partie du programme « Digital explorer », pensé par le centre de recherche Afriko, à la fois ONG et centre de consultations et soutenu par l’Union européenne.  C’est l’un des premiers projets du groupe de travail sur l’économie numérique dans le cadre de l’Alliance Europe –Afrique lancée par Claude Juncker fin 2018. Les deux pays sont à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, mais rien d’étonnant, les technologies de l’information et la communication y jouent un rôle de plus en plus important et en Lituanie, le continent africain devient la nouvelle direction prise la diplomatie balte. C’est un reportage de  de notre correspondante en Lituanie, Marielle Vitureau.

En Lituanie, comme au Nigeria, Amarachi passe ses journées devant un ordinateur. La jeune informaticienne de 26 ans  y travaillait comme analyste. A Kaunas, la deuxième ville lituanienne, elle est employée par ITO, une société qui a notamment développé la signature en ligne pour délivrer les colis postaux.

Je vérifie que les produits qui sont développés correspondent aux exigences des clients et aux standards de qualités avant qu’ils soient livrés. J’ai surtout travaillé sur des outils de télécommmunication. 

C’est un ami qui lui a parlé de cette offre de travail en Lituanie. Avant de venir, Amarachi n’en avait jamais entendu parler. Mais partir travailler à l’étranger a toujours été son souhait. Ce pays qui vient de regagner son indépendance il y a 30 ans est sa première rencontre avec l’Europe.

J’ai vu l’offre et je suis allée me renseigner sur la Lituanie. J’ai lu que le pays avait l’Internet public le plus rapide. J’ai lu des informations sur leurs visas de travail spéciaux pour les start-up.C’était nouveau. J’ai compris qu’il y avait des politiques publiques qui favorisent les technologies et le développement. J’avais des choses à apprendre en y allant. 

L’idée de tisser des liens entre la Lituanie et le continent africain revient à Eugenia Kovaliova. La jeune Lituanienne a suivi des études africaines au Danemark. Depuis c’est un leitmotiv. Y impliquer les start-up lituaniennes relève aussi de l’évidence. D’ailleurs, elle a installé son activité de consultant au cœur de l’incubateur technologique de Vilnius.

Les sociétés lituaniennes qui travaillent avec les nouvelles technologies ont déjà un grand savoir-faire. Les institutions publiques peuvent aujourd’hui transmettre leurs connaissances sur la manière de mener à bien les réformes. Ces expériences sont tout à la fois très neuves et ont une valeur historique. Nous avons appris par nous-même que les solutions technologiques peuvent permettre de résoudre des problèmes ici, mais là-bas aussi. 

Premier impact de l’augmentation des échanges avec l’Afrique : Fin août, un centre de visas a été ouvert au Nigeria car les ambassades lituaniennes les plus proches sont en Egypte et en Afrique du Sud. Eugenija Kovaliova n’en doute pas. Les sociétés lituaniennes ont intérêt à regarder vers ce pays.

Pour une société lituanienne, le marché local est minuscule, surtout quand il s’agit de vendre un produit.  Le marché nigérian compte lui 200 millions de personnes, soit beaucoup, beaucoup beaucoup plus. Et quand on parle affaires, il y a de quoi en faire là-bas. Les Estoniens  ont développé avec succès leur application de taxi sur les marchés africains. Cela veut bien dire que c’est possible. 

Les 15 jeunes Nigérians sont totalement pris en charge par l’association, au niveau administratif. Pour les employeurs, l’obtention du permis de travail est réglée, ce qui est généralement une question épineuse lors d’embauches de travailleurs hors Union européenne. Entre 2017 et 2018, leur nombre a doublé. Ils représentent près de2% des actifs de Lituanie. Parmi eux les Nigérians sont 200. Lina Toconiene, responsable de projets à ITO, en compte trois dans son équipe. C’est un avantage pour l’avenir.

Le fait qu’ils arrivent de l’étranger nous permet nous aussi d’acquérir de l’expérience. Nous devons adapter nos manières de travailler pour que ce soit aisé pour eux de travailler, comme pour nous. Dans le domaine de la construction, de la restauration, la question  du manque de main d’œuvre devient de plus en plus critique. On y fait appel de plus en plus. Le secteur de nouvelles technologies ne devrait pas être épargné à terme. 

Le Nigérian Mimshach est à la tête du fonds Venture Platform. Le partenaire africain de ce programme. Les technologies de l’information et de la communication sont un acteur économique de plus en plus important au Nigeria. Ce programme ne se résume pas pour lui à la venue de 15 jeunes en Lituanie.

Je suis toujours impressionné ici de constater combien la démocratie est jeune. Au Nigeria, c’est un prétexte pour ne pas agir . Je suis aussi impressionné par le fait que le développement technologique soit une priorité. J’espère que via ce programme nos décideurs vont se rendre compte de leur importance. Qu’elles peuvent être pour le gouvernement un levier d’action et qu’elles peuvent faciliter l’accès aux services publics, notamment les technologies financières. Le pays a du retard à rattraper en ce qui concerne l’inclusion financière de la population. 

Quant à la jeune informaticienne Amarachi, elle semble s’être faite à la vie en Lituanie, grandement facilitée, car comme elle dit même, la technologie parle le même langage, partout dans le monde.

Leave a Reply

%d bloggers like this: