La Croix : Une année agitée pour la jeune Église orthodoxe d’Ukraine

Article publié par La Croix le 05/01/2019

Malgré des divisions internes, la nouvelle Église orthodoxe d’Ukraine est parvenue à s’implanter dans le paysage religieux du pays.

Fabrice Deprez, correspondant à Kiev (Ukraine)

Pas de tout repos. Pour le père Alexandre, la première année de la nouvelle Église Orthodoxe d’Ukraine fut avant tout une série de face-à-face tendus et d’allers retours aux bureaux régionaux de la police, du procureur ou encore du gouverneur. Arrivé fin février à Pogreby, un village entouré de champs mais d’où l’on peut distinguer au loin les premiers immeubles de la banlieue de Kiev, le jeune prêtre de 32 ans a ainsi dû attendre près de sept mois avant de pouvoir réaliser sa première messe dans l’église locale, jusqu’alors tenue par l’Eglise Orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou. Ce n’est qu’à ce moment qu’il a pu, dans le vestibule de la petite église, accrocher deux copies (l’une en grec, l’autre en ukrainien) du “tomos d’autocéphalie”, ce décret entérinant la reconnaissance canonique d’une Église formée en Décembre 2018.

C’est il y a à peine un an, le 6 janvier 2019, que l’Eglise orthodoxe d’Ukraine recevait ce tomos du Patriarcat de Constantinople, considérée comme la plus importante Église du monde orthodoxe. Une révolution historique pour les quelques 25 millions de croyants orthodoxes ukrainiens, la seule Église orthodoxe reconnue du pays étant jusqu’alors celle dépendant du Patriarcat de Moscou.

Opportunités et déceptions

Cette nouvelle Église indépendante de la Russie a connu lors d’une première année mouvementée “plusieurs opportunités, et quelques déceptions aussi,” explique Taras Antoshevsky, directeur du “Service d’Information Religieuse d’Ukraine”, un média consacré à l’actualité religieuse dans le pays. Côté succès, le journaliste note l’optimisme des croyants et l’implantation efficace des structures de l’Eglise à travers le pays. Celle-ci fut réalisée en grande partie sur la base du Patriarcat de Kiev, une Église créé après la chute de l’URSS mais dépourvue de reconnaissance canonique, et dissoute lors de la création de la nouvelle Eglise.

Une dissolution rapidement contestée par le patriarche honoraire Philarète, figure emblématique de l’orthodoxie ukrainienne, plongeant la jeune Église dans sa première crise interne. Mécontent d’avoir été mis sur la touche après la création de l’Eglise, le leader religieux de 90 ans “a tenté d’imposer ses conditions” en rejetant le tomos mais “sans parvenir à rallier ses soutiens”, note Taras Antoshevsky. Il s’est ainsi retrouvé isolé par le métropolite Iepifani, son ancien bras droit et actuel primat de la nouvelle Eglise.

Côté déception, celle-ci a dû rapidement composer avec la perte de son principal soutien politique, l’ancien président Petro Poroshenko. Candidat à sa succession au printemps 2019, celui-ci avait fait de son rôle dans la création de la nouvelle Église un argument électoral de poids, résumé par un slogan aux accents nationalistes : “Armée. Langue. Foi.”. Mais la stratégie s’avérera plus qu’inefficace face au nouveau venu Volodymyr Zelensky qui, après son élection, va lui très rapidement se placer en retrait des affaires religieuses.

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