Figaro : le président de l’Abkhazie renversé

Article publié dans Le Figaro le 15 janvier 2020

ffff

La république séparatiste de Géorgie, sous domination russe, connaît à nouveau l’instabilité. Un proche de Poutine tente d’y remettre de l’ordre.

CAUCASE Au surlendemain de sa réélection à la tête de l’Abkhazie, le 10 septembre dernier, Raul Khajimba recevait un message de félicitations de Vladimir Poutine. Dimanche dernier, quatre mois plus tard, le « président » abkhaze démissionnait sous la pression de la rue et d’une opposition sûre de son bon droit après un scrutin très discutable.

Alors, comme souvent par le passé en Abkhazie ou dans d’autres républiques sécessionnistes soutenues par Moscou, le Kremlin n’a plus eu d’autre choix que de dépêcher sur place ses émissaires pour calmer la crise. Dimanche après-midi, deux heures après l’arrivée à Soukhoumi (la capitale abkhaze) de Vladislav Sourkov, le très influent « aide » du président Poutine, Raul Khajimba jetait l’éponge. Peu ou prou comme l’avait fait Alexander Ankvab en 2014, chassé de son fauteuil par un Raul Khajimba, alors leader de la contestation populaire.

Des intérêts géopolitiques

L’Abkhazie est une république des bords de la mer Noire, peuplée de 240 000 âmes, qui a fait sécession de la Géorgie juste après la chute de l’URSS, au terme d’une guerre de treize mois ayant fait 10 000 victimes. Ce territoire jouit d’une indépendance de facto, depuis septembre 1993, qui n’aurait jamais été possible sans le soutien militaire et politique de la Russie, laquelle a provoqué et entretenu plusieurs conflits de la sorte pour garder une forme de contrôle sur des ex-républiques soviétiques. Autour de 4 000 Russes en uniforme assurent la « sécurité » de l’Abkhazie… ou plutôt la défense des intérêts géopolitiques de Moscou.

« L’Abkhazie est totalement dépendante de Moscou. Tous les candidats sont prorusses, ou se disent tels, alors le Kremlin a tendance à laisser les choses aller comme elles peuvent », explique

sous couvert d’anonymat un haut fonctionnaire abkhaze. Lorsque, au printemps dernier, la présidentielle s’est profilée dans cette république qui n’est reconnue (depuis la guerre russo-géorgienne de 2008) que par la Russie, la Syrie, le Nicaragua, le Venezuela et Nauru, le principal opposant à M. Khajimba, Aslan Bjania, a failli perdre la vie après un empoisonnement aux métaux lourds.

Le scrutin s’est ensuite déroulé sans le principal concurrent de Khajimba, issu des rangs du KGB soviétique comme lui. Le président sortant a dû toutefois accepter un second tour. Le 8 septembre, il obtenait 47,38 % des voix contre 46,19 à Alkhas Kvitsinia, un vétéran de la guerre de 1992-1993 qui a remplacé M. Bjania au pied levé.

D’emblée, Kvitsinia a contesté le résultat. Le 9 janvier, face à l’impassibilité des institutions abkhazes, quelques centaines d’opposants, menés par Ahra Avidzba, le parent d’une figure criminelle qui aurait été tuée fin novembre par des proches de la garde personnelle de Khajimba, ont pris d’assaut le siège de la présidence. Pour calmer la situation, le Parlement abkhaze annonçait la tenue d’une nouvelle présidentielle le 22 mars prochain. Mais ce sera sans M. Khajimba.

Leave a Reply

%d bloggers like this: