RFI: La démission du Premier ministre ukrainien est-elle réelle?

Annonce sur FB, lettre envoyée au président et non au Parlement… le très rigoureux Oleksiy Honcharouk a tout fait à l’envers. Et certains ne prennent même pas au sérieux sa lettre de démission, que Volodymyr Zelenskyy n’a pas encore accepté.

Papier diffusé dans le journal de 14h, sur RFI, le 17/01/2020

Le premier ministre d’Ukraine, Oleksiy Honcharouk, a signé une lettre de démission ce matin, qu’il a envoyé au président Volodymyr Zelenskyy. A 35 ans, Oleksiy Honcharouk est le plus jeune premier ministre de l’histoire de l’Ukraine indépendante. Il a pris ses fonctions fin août 2019, et il incarne un gage de professionalisme dans la nouvelle ère promise par Zelenskyy, de réforme et de lutte contre la corruption. Mais sa démission est-elle réelle, ou juste un coup de com’? Elle doit encore être acceptée par le président. Sébastien Gobert à Kiev

Oleksiy Honcharouk s’est toujours présenté comme un avocat et premier ministre sérieux, en costume trois-pièces, respectueux du droit. Mais pour annoncer sa démission, il a fait tout à l’envers. Il l’a d’abord écrit sur son compte Facebook, et a envoyé sa lettre de départ au président, et non au parlement qui l’avait élu le 29 août 2019. Il s’en explique: “J’ai pris mes fonctions pour appliquer le programme du président, qui est un modèle d’honnêteté et de droiture pour moi. C’est à lui d’évaluer mon efficacité”. Cette initiative inattendue conclut un micro-scandale de quelques jours: des enregistrements audio ont été rendus publics: on y entend la voix du premier ministre qui se moque de la “compréhension primitive” de l’économie par le président. La publication de ces enregistrements a donné lieu à des discussions animées entre les deux hommes.

Le tout dans une cacophonie médiatique sur l’analyse de primes de fin d’année attribués aux ministres, directeurs d’institutions d’Etat et d’entreprises publiques, comme UkrPoshta. Oleksiy Honcharouk a lui-même perçu un bonus de 76190 hryvnias, soit environ 2826 euros. Une somme qui peut paraître négligeable, mais qui suscite une forte indignation dans un pays où le salaire minimal a récemment été élevé à 4200 hryvnias (environ 155,6 euros par mois). L’exécutif met en avant le besoin de gratifier les responsables publics pour leur service comme un moyen de lutter contre les tentations de la corruption. On leur oppose l’idée qu’une forte rémunération sous-entend une efficience des institutions publiques et des résultats, qui ne sont visiblement pas encore ressentis dans la population.

Est-ce suffisant pour faire tomber tout un gouvernement? La démission d’Oleksiy Honcharouk paraît en effet très mal venue, alors que le gouvernement se débat pour faire adopter la réforme historique du code foncier. La journaliste Kristina Berdynskykh dénonce un coup de communication. La lettre du premier ministre ne serait qu’une mise en scène, pour que Volodymyr Zelenskyy la refuse expréssément et réaffirme sa confiance à son premier ministre. Si elle est effectivement acceptée, elle enverrait un mauvais signal pour les réformes structurelles engagées par un exécutif fragmenté. D’autant que le train de réformes est soumis à de vives critiques, tant sur l’ouverture du marché de la terre que la projet de réforme constitutionnelle visant à compléter le processus de décentralisation.

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