Ouest France : La Chine finance la pollution à la frontière de l’Europe

Tous les hivers, les Balkans étouffent sous la pollution atmosphérique. La situation ne devrait pas s’améliorer ces prochaines années, notamment en Bosnie-Herzégovine et en Serbie, où la Chine investit dans des centrales à charbon. Aux portes d’une Europe qui fait tout pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Un article de Laurent Geslin et Jean-Arnault Dérens publié dans Ouest France le 7 février 2020.

Postées à l’entrée de Tuzla, les cheminées d’usine sont le symbole du destin tourmenté de cette ville de Bosnie-Herzégovine, cité industrielle de 120 000 habitants. Durant la guerre en ex-Yougoslavie (1991-1995), ses défenseurs avaient menacé de faire sauter la centrale thermique en cas d’attaque des nationalistes serbes.

Construit dans les années 1960, le complexe serait aujourd’hui responsable d’une surmortalité des habitants de la région. Les rejets de particules fines de l’usine se combinent avec ceux de la circulation automobile et du charbon de mauvaise qualité utilisé pour le chauffage des maisons.

L’instrument de Pékin

En avril 2019, les autorités de la Fédération de Bosnie-Herzégovine ont pourtant validé l’extension de la centrale. Elles ont garanti l’emprunt de la société publique gestionnaire de la centrale : 600 millions d’euros, contractés auprès de la China Exim Bank, l’instrument de Pékin pour son développement à l’étranger. Qui va construire les installations pour 450 MW d’électricité supplémentaires ? Gezhouba… un groupe chinois.

 Les autorités assurent que ces travaux vont faire baisser la pollution, mais rien n’est moins sûr, explique Denis Žiško, du Centre pour l’écologie et l’énergie de Tuzla. Rien ne sera fait pour rénover les vieilles installations durant la construction des nouvelles, et rien ne garantit que les parties les plus polluantes de la centrale seront ensuite fermées .

Autre chantier, celui de la centrale serbe de Kostolac, sur le Danube. La China Exim Bank est toujours à la manœuvre pour reconstruire cette usine thermique d’une capacité de 350 MW. Les travaux ont commencé pour aménager le port fluvial et la voie ferrée qui permettront d’acheminer le charbon, dont les Balkans, notamment le Kosovo, sont toujours producteurs.

À une vingtaine de kilomètres en amont, un autre groupe parapublic chinois a déjà racheté les aciéries de Smederevo, les plus importantes du pays – une autre étape des  nouvelles routes de la Soie  que Pékin construit patiemment pour rallier, via les Balkans, les marchés d’Europe occidentale. C’est un véritable hub chinois qui se constitue dans l’est de la Serbie, une région en déshérence industrielle, dont la population s’exile massivement.

Les autorités bosniennes et serbes ne sont guère regardantes. Elles ont validé des études plus que lacunaires sur l’impact de ces projets sur l’environnement. Toutes les ONG jugent que cet impact a été sous-estimé. La relance du charbon pourrait pourtant poser problème, le jour où ces deux pays pourront rejoindre l’Union européenne. Mais cette perspective demeure il est vrai encore lointaine, alors que les Chinois investissent immédiatement.

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