RFI : Disgrâce de Vladislav Sourkov, le «cardinal gris» de Poutine pour l’Ukraine et la Géorgie

Entretien diffusé sur RFI le 22 février 2020

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C’est officiel, Vladislav Sourkov, l’aide du président russe pour l’Ukraine et les conflits sécessionnistes de Géorgie, a été démis de ses fonctions, le 18 février. Après sept ans passés à gérer le conflit dans le Donbass, c’est-à-dire à y défendre les intérêts de Moscou au moyen des armes lourdes et de techniques de guerre hybride, le « cardinal gris » du Kremlin est mis sur la touche.

 

Le départ de M. Sourkov est important parce qu’il est celui qui a mis en forme les décisions politiques de Vladimir Poutine de créer des conflits dans certaines ex-républiques soviétiques. Soit il a « géré » la politique de ces régions -on pense à l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, en Géorgie, qui ont fait sécession au début des années 1990-, soit il a été le maître à penser de la façon de créer un conflit pour arriver aux fins du Kremlin, à savoir se donner des leviers d’influence sur les républiques qui veulent échapper à son emprise géopolitique. Comme l’Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie.

Dans le Donbass, l’Est minier de l’Ukraine, cette stratégie a provoqué la mort de 13.000 personnes en six ans de conflit.

Un changement de politique du Kremlin dans le Donbass en perspective?

Le départ de Vladislav Sourkov a été motivé officiellement par un « un changement de cours, politique, en Ukraine ». Rien n’indique qu’il s’agit d’un changement d’objectifs, même si certains observateurs se demandent si, pour faire lever les sanctions occidentales contre elle, la Russie ne serait pas prête à certains compromis.

Notons que Vladislav Sourkov est remplacé par Dmitry Kozak, qui était jusque fin janvier vice-Premier ministre et qui vient d’intégrer l’Administration présidentielle, le véritable siège du pouvoir russe.

M. Kozak sert le même homme que Sourkov, le maître du Kremlin. Il a d’ailleurs déjà travaillé sur les conflits régionaux comme celui de Transnistrie, la région séparatiste de Moldavie, où il y a une quinzaine d’années il avait mené une action pas très différente de celle de M. Surkov.

Pourquoi Kozak plutôt que Sourkov ?

Parce que ce dernier a montré, depuis deux ans, qu’il avait su tirer les leçons de son échec en Moldavie et su changer de méthode du moins. Dans une interview récente, il relève qu’il ne faut pas proposer de fédéralisation de la Moldavie, où la région séparatiste disposerait d’un droit de veto sur ses grandes orientations stratégiques…

Mais le terme étant impossible à faire accepter à la population moldave, M. Kozak suggère de parler de statut « spécial » pour certaines régions, et surtout de ne plus œuvrer en secret, mais ouvertement avec les pouvoirs et les populations concernés, et sur la base d’une négociation avec les grandes puissances intéressées. États-Unis, Europe…

Et cela a permis à Moscou de plutôt arriver à ses fins en 2019 en Moldavie.

Quid des conflits géorgiens ?

Les régions sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud n’ont pas été confiées à M. Kozak. Le plus probable est que Moscou continuera à « gérer » ces conflits, qui sont gelés, comme avant, sachant que les dirigeants de ces provinces sont… déjà complètement dans les mains des Russes.

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