RFI : L’ex-président géorgien Mikheïl Saakachvili rebondit en Ukraine

Mikheïl Saakachvili, qui a été le président de la Géorgie de 2004 à 2013 est un vrai animal politique. Du genre à rebondir même après les pires traversées du désert. Ce 7 mai, il a été nommé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky chef du comité exécutif du Conseil national des réformes.

Entretien publié sur RFI le 10 mai 2020

Mikheïl Saakachvili, qui a été le président de la Géorgie de 2004 à 2013 est un vrai animal politique. Du genre à rebondir même après les pires traversées du désert. Ce 7 mai, il a été nommé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky chef du comité exécutif du Conseil national des réformes.

L’affaire n’est pas banale. Il y a peu d’hommes politiques qui rebondissent ainsi dans un autre pays que le leur. Mikheïl Saakachvili, 52 ans, a en réalité déjà une histoire en Ukraine. Il parle la langue, après y avoir fait ses études supérieures, au tournant des années 1980-1990.

Éphémère gouverneur de la région d’Odessa

Lorsqu’il a dû quitter son pays, la Géorgie, il a voulu continuer le combat de sa vie : lutter contre la Russie, de Vladimir Poutine notamment, qui veut un droit de regard sur le cours politique de son pays, de l’Ukraine, et de nombreuses autres ex-républiques soviétiques.

Et là, alors que l’Ukraine venait d’entrer en conflit avec la Russie après la « révolution du Maïdan », le président d’alors, Petro Porochenko, lui a proposé de devenir gouverneur de la région d’Odessa, très sensible.

L’aventure n’a duré que 18 mois entre mai 2015 et novembre 2016. Il s’est même alors vu retirer sa nationalité ukrainienne, octroyée en 2015. L’impulsif Saakachvili, qui n’a pas toujours pris le temps d’étudier la complexité de l’Ukraine, a vite eu fait de dénoncer les compromis avec l’oligarchie ou des schémas de corruption.

Une nomination en guise de gage de bonne volonté

Sa nomination à la tête du Conseil national des réformes n’a finalement qu’une importance relative en soi. Il s’agit d’un conseil consultatif seulement. Mais il semble que sa nomination soit une façon pour le président ukrainien de donner des gages de bonne volonté aux partenaires occidentaux, Américains en tête.

Volodymyr Zelensky est dans une passe difficile. D’abord sur le front des relations avec la Russie avec qui il tente de mettre fin au conflit dans le Donbass, ce qui lui vaut la suspicion de faire le jeu de Moscou. Ensuite, sur celui des relations avec les oligarques ukrainiens, ce qui l’a amené à écarter de son gouvernement et des postes clés des réformateurs, proches de l’Occident.

Pour Zelensky, nommer Saakachvili à la tête de ce Conseil, lui qui a un impressionnant bilan en termes de réforme de l’État en Géorgie, largement positif, c’est une façon de donner à l’Occident des gages qui ne coûtent pas très chers.

Diabolisé en son pays

Les réactions officielles géorgiennes ont en tout cas été très négatives, parce que l’animal politique qu’est Saakachvili demeure un acteur majeur de la scène géorgienne. Même s’il n’a pas remis les pieds dans son pays depuis plus de six ans.

Officiellement, le problème est qu’il est inculpé pour abus de pouvoir notamment. Mais l’affaire va sans doute plus loin. Le gouvernement géorgien, qui est complètement contrôlé par l’oligarque Bidzina Ivanichvili, suit la ligne imposée par celui-ci. Elle consiste depuis 2012 à « démoniser » Saakachvili pour des raisons internes, notamment parce que sans l’avouer il poursuit sa politique à bien des égards. Et pour des raisons externes, M. Ivanichvili tentant de « normaliser » les relations avec la Russie, ce qui est plus facile si l’ennemi juré de M. Poutine, à qui il a fait la guerre en 2008, est sans cesse traqué.

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