RFI: A Saint-Pétersbourg, la culture en berne

L’épidémie de coronavirus aura également des conséquences très lourdes sur le monde culturel en Russie. Dans un contexte inédit, les grands musées ont tenté de s’adapter en proposant du contenu en ligne, comme des visites guidées ou des conférences. C’est le cas notamment de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Fermé depuis le 18 mars, le musée le plus visité de Russie craint une fréquentation catastrophique pour 2020.

Par Étienne Bouche

Diffusé le 14/05/2020 sur RFI, émission “Accents d’Europe”

Son activité numérique n’aura jamais été aussi prolifique : depuis bientôt deux mois, l’Ermitage se rappelle quotidiennement au bon souvenir de ses visiteurs. Des cours d’histoire de l’art, des visites guidées – en russe ou en anglais – et même des directs sur Instagram : le musée entend rester visible et entretenir son image de marque. Il faut dire qu’il est un colosse de la vie culturelle en Russie : c’est à l’Ermitage qu’ont été présentées les trois expositions les plus fréquentées de l’année 2019. En moyenne 20.000 visiteurs par jour pour celle consacrée au comte Pavel Stroganov, un mécène russe oublié.

Le mois dernier, son influent directeur a alerté les autorités sur la situation préoccupante des musées. Pour Mikhaïl Piotrovski, l’État a la responsabilité « d’assurer la survie de la culture ». L’Ermitage se retrouve, pour sa part, amputé de la moitié de son budget annuel – un budget qui est constitué à hauteur de 50% des revenus assurés par le musée lui-même. En 2018, par exemple, l’Ermitage a généré l’équivalent de 30 millions d’euros. Les institutions culturelles attendent donc avec anxiété les mesures de soutien promises par le gouvernement.

Au-delà de l’Ermitage, c’est Saint-Pétersbourg elle-même qui est particulièrement touchée par la fermeture des lieux culturels. Son patrimoine historique est le moteur de son industrie touristique. Les premiers effets de la crise sanitaire ont été ressentis dès la fin du mois de janvier, quand la Russie a suspendu ses liaisons aériennes avec la Chine. Il faut savoir que les Chinois sont les touristes les plus nombreux en Russie. En 2019, ils étaient 1,3 million à visiter l’ancienne capitale impériale. Depuis, la fermeture des frontières et le régime de confinement ont mis le secteur à l’arrêt. A cette période de l’année, les hôtels sont habituellement pleins car c’est la saison des nuits blanches. Dans la presse locale, les professionnels se montrent très pessimistes. Privés de clientèle étrangère pour encore plusieurs mois, ils espèrent sauver les meubles avec le tourisme intérieur. Mais les conséquences économiques vont être brutales pour les Russes qui risquent fort de renoncer à prendre des vacances.  

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