RFI: Sergueï Paradjanov, mort le 20 juillet 1990

Il y a 30 ans disparaissait un artiste qui fut l’un des incarnations de la résistance au système soviétique : Sergueï Paradjanov, mort le 20 juillet 1990 à Erevan, fut un cinéaste admiré de l’autre côté du rideau de fer. Créateur censuré, envoyé en prison, il fut empêché de tourner des films pendant quinze ans. Son œuvre n’est réhabilitée qu’à la toute fin de sa vie avec la construction d’un musée décidée en 1988, en pleine perestroïka, dans la capitale arménienne.

Par Étienne Bouche

Diffusé le 17/07/2020 sur RFI, émission “Accents d’Europe”

Lorsque la chaleur se fait écrasante à Erevan, la petite cour de ce musée de pierre sombre est un havre de fraicheur. En levant les yeux vers le premier étage, le visiteur découvre une célèbre photo de Paradjanov : un oiseau sur la tête, barbe blanche épaisse, l’artiste tient dans ses mains un bouquet de fleurs jaunes qui laisse entrevoir son torse nu.

Arménien né à Tbilissi, ayant longtemps vécu à Kiev, Paradjanov est passé par le VGIK, la prestigieuse école de cinéma de Moscou. Installé en Ukraine, il y tourne d’abord des films de facture conventionnelle avant de réaliser Les Chevaux de feu. Une expérimentation formelle qui tranche radicalement avec les codes soviétiques. Le film est tourné en houtsoul, un dialecte des Carpates. Les autorités exigent un doublage en russe mais Paradjanov refuse de céder. Son parti pris est politique : dans ce film comme dans les suivants, Paradjanov exprime son rejet d’un système soviétique qui nie les identités et les cultures.

Persécuté par les autorités, ce grand admirateur de Pasolini passe plus de quatre ans dans un camp à régime sévère – il est accusé de trafic d’objets d’art et d’homosexualité. C’est la mobilisation d’intellectuels étrangers, d’Elsa Triolet notamment, qui permet sa libération anticipée. Lorsqu’il lui est interdit de faire du cinéma, il ne cesse pas pour autant de créer. Le musée met à l’honneur cette facette peut-être moins connue de son œuvre : ses collages, assemblages, figurines. Ce fils d’antiquaire se passionnait pour les vieux objets qu’il aimait travailler et transformer. Son dernier film, tourné dans les trois pays du Caucase, est dédié à l’un de ses amis proches : le Russe Andreï Tarkovski, cinéaste emblématique du XXe siècle lui aussi pris dans l’étau soviétique.

Écouter (à partir de 11’52)

A noter que Svetlana Chtcherbatiouk, la veuve de l’artiste, est décédée le mois dernier à Kiev.

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