RFI: “Nenavsegda”, l’ère Brejnev à la galerie Tretiakov

A Moscou, la galerie Tretiakov a rouvert ses portes ce mardi 7 juillet après quasiment quatre mois de fermeture. Ses visiteurs peuvent y découvrir une grande exposition initialement programmée au mois d’avril – une exposition consacrée à cette période durant laquelle l’URSS était dirigée par Léonid Brejnev. Cette époque porte un nom : « Zastoï », la Stagnation.

Par Étienne Bouche

Diffusé le 09/07/2020 sur RFI, émission “Vous m’en direz des nouvelles”

Le nom de l’exposition fait référence à la célèbre phrase d’un anthropologue russe : « c’était pour toujours, jusqu’à ce que tout se termine ». Nenavsegda, « pas pour toujours », sonne comme un slogan détourné, à l’image de ceux de Komar et Melamid. Ce duo d’artistes tourne en dérision la rhétorique éculée du régime soviétique. La parole publique est un simulacre d’expression. La vraie vie, elle, est ailleurs.

« Initialement, cette exposition devait s’appeler ‘Double vie’, car l’existence était dissociée en deux parties : la vie publique, dans laquelle l’individu accomplissait ses rituels sociaux, et la vie privée qui était son espace de liberté, explique Kirill Svetliakov, commissaire de l’exposition. Les artistes qui refusaient les commandes idéologiques travaillaient par exemple pour des labels discographiques, ils dessinaient les pochettes de disques. Beaucoup étaient illustrateurs, de romans fantastiques ou de livres pour enfants. Cette double vie faisait consensus car elle était menée par les dirigeants du parti eux-mêmes. »

Durant l’ère Brejnev, rien ne semble amené à changer. Dans un système où la vie culturelle est parasitée par l’idéologie, les artistes développent leur liberté intérieure.

Écouter le reportage

Visuel : Erik Boulatov, Plein-air artist (1968) – Vladimir Nekrasov Collection

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