RFI: Biélorussie. Expulsions d’opposants et narrations alternatives

A Kiev, deux opposants racontent leur expulsion et l’emprisonnement héroïque de Maria Kolesnikova. A Minsk, Alexander Loukachenko affine sa propre version des faits.

Papier diffusé dans les journaux de la matinale, sur RFI, le 09/08/2020

La France condamne la tentative d’expulsion de l’opposante Maria Kolesnikova de son propre pays, la Biélorussie. Poussée par les forces de sécurité à passer en Ukraine, hier matin, elle a déchiré son passeport pour s’interdire tout passage. Elle est aujourd’hui en détention en Biélorussie. Deux de ses compagnons opposants sont, eux, arrivés à Kiev. Ils ont donné une conférence de presse hier soir pour expliquer leur mésaventure. A Kiev, Sébastien Gobert

Anton Rodnenkov et Ivan Kravtsov ont été kidnappés à Minsk lundi, le même jour que Maria Kolesnikova, et conduits à la frontière ukrainienne. Tous trois membres du conseil de coordination de l’opposition biélorusse, ils reçoivent une voiture, leurs passeports et des billets d’avion pour plusieurs destinations. Objectif: que ces opposants partent loin de Minsk. Maria Kolesnikova proteste. Dans la zone neutre entre les postes biélorusse et ukrainien, elle déchire son passeport, s’extirpe du véhicule et retourne bravement vers la Biélorussie. A en croire le récite d’Ivan Kravtsov, cet acte héroïque n’est pas surprenant de la part de Maria Kolesnikova. Elle a prouvé pendant des mois sa détermination à abattre le régime d’Alexander Loukachenko.

Maria Kolesnkiova est placée en détention. Arrivés à Kiev, ses deux camarades ne comptent pas non plus abandonner la lutte. Ils ne prévoient pas de demander d’asile politique en Ukraine et souhaitent rentrer, malgré la répression brutale qui s’est encore abattue sur une marche pacifique ce mardi soir à Minsk. Le conseil de coordination de l’opposition déplore aussi l’enlèvement d’une autre militante.

Le pouvoir biélorusse joue la carte de l’étouffement et développe sa narration alternative de la crise. Pour Alexander Loukachenko, qui a donné un long entretien à des médias russes ce mardi, Anton Rodnenkov et Ivan Kravtsov sont des fugitifs qui auraient passé la frontière illégalement. Il demande à l’Ukraine de lui retourner les deux hommes. Lui nie que ses services de sécurité aient voulu les expulser. Deux versions de l’incident existent donc, ce qui risque d’exacerber, encore un peu plus, les positions antagonistes.

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