RFI: IKEA et le bois illégal d’Ukraine et de Roumanie

L’ONG environnementale Earthsight accuse le champion mondial de l’ameublement utilisait du bois de coupes sauvages en Ukraine et en Roumanie. Une enquête est ouverte en Suisse, sur plainte du Fonds Bruno Manser.

Séquence “Bonjour l’Europe”, sur RFI, le 13/09/2020

La déforestation sauvage des forêts des montagnes des Carpates en Ukraine et en Roumanie n’est pas un secret. Les coupes illégales sont dénoncées depuis des années, et les autorités locales ont démontré leur incompétence à enrayer le phénomène, voire leur complaisance. Une nouvelle enquête pointe du doigt les consommateurs du bois illégal, en premier lieu IKEA, le géant mondial de l’ameublement. Nous retrouvons à Kiev Sébastien Gobert…

IKEA met en avant son utilisation durable et respectueuse de l’environnement. Qu’est-ce qui prouve que la multinationale a recours à du bois issu de coupes sauvages?

En premier lieu, c’est un rapport de l’ONG environnementale EarthSight publié en juin. Il établit un lien entre des coupes sauvages dans les Carpates ukrainiennes et une usine de transformation du bois de l’autre côté de la frontière, en Roumanie. L’essentiel de la production de cette usine est destinée aux différentes branches européennes d’IKEA. Selon EarthSight et leurs informateurs locaux, le bois n’est pas illégal stricto sensu mais provient de forestiers qui abusent de périodes de coupes dites “sanitaires” et profitent de flous juridiques dans le système de certifications et d’exportation. Des pratiques qui accélèrent la déforestation des montagnes.

IKEA a réagi à la publication du rapport en lançant un audit interne pour vérifier ses chaînes d’approvisionnement. Mais cela fait 4 mois maintenant, et il n’y a aucun résultat. La direction explique que la crise du coronavirus a compliqué son enquête…

Mais en septembre, la situation s’est précisée en Suisse, où le département fédéral de l’économie a ouvert une instruction. Que vise-t-elle?

Pour situer: la législation suisse est différente de celle de l’Union européenne car elle oblige les distributeurs d’ameublement à préciser l’origine de leurs bois. Les 27 se satisfont d’une certification FSC apposée sur les chargements une seule fois, à l’entrée dans le marché unique. En Suisse, le fonds environnemental Bruno Manser a fait le tour de 5 magasins et, problème: une table sur quatre est vendue sans indication sur la nature du bois ou de son pays d’origine. Quant les indications sont mentionnées, elles sont aussi larges que des continents: Europe de l’est, Inde, Océanie… Pour les experts suisses, cela voudrait dire qu’il y a anguille sous roche. Eux font le lien avec les coupes sauvages d’Ukraine et de Roumanie.

Vidéo du fonds Bruno Manser

Sous le coup d’une enquête depuis le 10 septembre, la multinationale ne risque concrètement pas grand chose: une amende de 10000 francs maximum, environ 9200 euros. Mais c’est la crédibilité de la chaîne qui est en jeu. IKEA a exploité en 2019 25 millions de mètres cube de bois, ce représente environ 1% des arbres coupé dans le monde. Environ 60% du bois d’IKEA provient d’Europe de l’est et de la Russie. L’image d’une chaîne responsable et soucieuse de l’environnement pourrait être écornée… si les allégations des environnementalistes étaient prouvées.

Qu’elles soient avérées ou non, la déforestation des Carpates est un gros problème. On se souvient que le président ukrainien, Volodymyr Zelenskyy, avait promis d’y mettre un terme. Est-ce qu’il y a des résultats?

Non, pas à ce jour. Les coupes sauvages continuent, et elles continuent d’être légitimées par des services de certification et d’exportation peu regardants. Cela pose de nombreux problèmes, à la fois institutionnels, criminels et écologiques. Je rappelle que la couverture forestière est d’environ 12-13% en Ukraine, contre 25% en France.

Malgré une prise de conscience environnementale dans la région, il faut dire y a de gros intérêts économiques en jeu, Les militants écologiques sont donc souvent ignorés par les autorités et brutalisés par les forestiers. En Roumanie, on déplore déjà deux meurtres liés à ces trafics illicites.

Impuissants sur le terrain, les militants environnementaux tentent désormais de cibler les consommateurs de ce bois. Et cela, ça dépasse de très loin le simple cas d’IKEA, s’il est avéré.

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