La Croix : En Biélorussie, les femmes au cœur de la contestation

Version longue d’un article publié sur le site de La Croix le 20/09/2020

Analyse. Les femmes biélorusses ont joué un rôle de premier plan dans la contestation contre le régime d’Alexandre Loukachenko et sont aujourd’hui visées par la répression des autorités. Des dizaines de milliers de manifestants se sont encore rassemblées dimanche 20 septembre à Minsk malgré les arrestations.

Fabrice Deprez (correspondant à Kiev)

« Enthousiastes. Fortes. Courageuses. Professionnelles. Et incroyablement belles ». A la télévision d’Etat biélorusse, aucun superlatif n’est trop fort pour décrire les quelques 10 000 participantes du « Forum des femmes » organisé à la hâte par le pouvoir le 17 septembre. Le concert est soigneusement orchestré, avec notamment l’apparition surprise d’Alexandre Loukachenko, dont la réélection au terme d’une élection frauduleuse le 9 août a déclenché une vague de manifestations sans précédent dans le pays.

« C’est une conséquence des manifestations, les soutiens du président se sentent maintenant obligés de considérer l’audience féminine » constate Anna Mirotchnik, une spécialiste biélorusse en relations publiques elle-même impliquée dans la contestation. Une maladroite tentative de réappropriation alors que la présence des femmes au premier plan de l’opposition au régime fait depuis cet été la une de la presse internationale.

Une forte visibilité

C’est devenu le rythme de la contestation en Biélorussie : la manifestation du dimanche, qui réunit chaque semaine plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la capitale, est précédée le samedi par une plus petite mais hautement symbolique « marche des femmes ». Elles étaient ce 19 septembre encore 2 000 environ à défiler à Minsk pour réclamer le départ d’Alexandre Loukachenko, réélu à la présidence le 9 août au terme d’une élection falsifiée.

Près de 400 d’entre elles ont été arrêtées durant la manifestation. « Sur ce point-là, il y a désormais dans notre pays une véritable égalité de genre », grince Anna Mirotchnik. « Hommes et femmes sont maintenant arrêtés avec la même brutalité. »

Une réaction aux violences policières

Depuis la candidature de Svetlana Tikhanovskaïa à la présidence biélorusse jusqu’aux images médiatisées de groupes de femmes acculés contre un mur par les troupes antiémeute, la contestation biélorusse a mis les femmes au premier plan. Ce mouvement s’est cristallisé dans la foulée de la violente répression des manifestations qui avaient suivi la réélection d’Alexandre Loukachenko, pendant lesquelles plusieurs milliers de personnes furent arrêtées, tabassées et parfois torturées par la police.

En réaction, plusieurs milliers de femmes vêtues de blanc, arborant fleurs, drapeaux et costumes traditionnels, descendirent dans la rue, formant des chaînes humaines et réclamant, sous l’œil gêné des troupes antiémeute, la libération des prisonniers. « Les femmes ont une forte visibilité et jouent alors de stéréotypes genrés, en s’habillant en blanc, couleur de la non-violence, en offrant des fleurs aux policiers », remarque Ioulia Shukan, sociologue en études slaves à l’université Paris-Nanterre, de retour de Minsk.

Vous pouvez lire la suite de cet article sur le site de La Croix.

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