RFI: “Zhyvie Belarus” ou l’histoire d’un slogan.

Depuis le scrutin contesté du 9 août en Biélorussie, une expression est désormais sur toutes les lèvres. Zhyvie Belarus, Vive le Bélarus. Un cri de ralliement que l’on entend à l’occasion de toutes les manifestations, à la fin des discours demandant des changements démocratiques et qui parfois sert même pour se saluer les uns les autres. A Vilnius, à 30 kilomètres de la frontière biélorusse, on l’entend très souvent. Marielle Vitureau, notre correspondante dans les pays baltes, a tendu son micro à ceux qui la disent.

Tous les soirs depuis le 9 août, les Biélorusses de Vilnius se rassemblent devant leur ambassade. Drapés de rouge et de blanc, les couleurs de l’indépendance, ils protestent contre la réélection truquée d’Alexandre Loukachenko. Hanna est installée depuis 5 ans à Vilnius. Elle est venue pour ses études, et elle y est restée pour travailler.

Pour moi Zhyvie Belarus, ça veut dire l’indépendance, la liberté d’exprimer mon opinion, la liberté d’être ce que je suis là ici à Vilnius et c’est l’absence de la détention et de tout ça.

Tatiana Tchulitskaia vient aussi régulièrement se joindre aux protestations. Cette professeure d’université et activiste se rappelle de la première fois où elle a entendu cette expression.

C’est en 1996, j’étais adolescente. J’habitais à Mogilov en Biélorussie. J’ai entendu cette expression pour la première cette expression Zhyvie Belarus quand des gens ont protesté contre un concert de rock qui avait été annulé à la dernière minute. C’était la période quand le pouvoir a commencé à interdire les concerts.

En 1863, nait la nation biélorusse. C’est l’époque de l’insurrection contre le pouvoir tsariste. Les meneurs de ce mouvement, comme Kalinovski  utilise cette expression comme cri de ralliement. Mais Zhyvie Belarus est aussi repris à la chute de l’Union soviétique quand émerge les mouvements pour l’indépendance dans la région. Tatiana Shchittsova, professeur de philosophie à l’université biélorusse en exil à Vilnius.

Pendant très longtemps vive le Belarus a été utilisé par la vieille garde de l’opposition qui est née à la fin des années 80. Ils n’ont jamais cessé leurs luttes contre le régime de Loukachenko. Chaque fois qu’ils organisaient une manifestation, ils criaient Zhyvie Belarus. Loukachenko n’a jamais, vraiment jamais prononcé ces mots Zhyvie Belarus, ils sont beaucoup trop liés à l’opposition.

Avec les manifestations contre Loukachenko ont émergé plusieurs signes de ralliement. Le drapeau rouge et blanc, par ex, symbole de l’indépendance. Il a tout de même été le drapeau officiel jusqu’en 1994, date à laquelle le président a réintroduit le drapeau soviétique sans la faucille, ni le marteau. Et cette expression. Tatiana Tchuliskaia.

C’est un symbole clair pour tous les gens qui sont contre Loukachenko, qui sont dans l’opposition. Ils ont besoin de mots, de symboles pour montrer leur opposition au régime en place. Le drapeau blanc et rouge, l’expression zhyvie belarus, la langue biélorusse, d’autres symboles nationaux sont devenus  des symboles politiques et les gens les utilisent comme des marqueurs pour montrer leur désaveu à l’égard du système actuel.

Zhyvie Belarus, cette expression en langue biélorusse marque également un éveil des consciences. Hanna

Et maintenant je vois que beaucoup de gens apprennent cette phrase juste maintenant, au cours de deux derniers mois. Avant ce n’était que les intellectuels qui savaient cette phrase, qui savaient qu’il y a un autre drapeau. Et maintenant on voit que beaucoup de gens s’intéressent à l’histoire, à la culture, ils s’intéressent à la langue biélorusse.

Ce cri de ralliement, le V de la victoire et le blanc et le rouge. Les Biélorusses comptent bien emporter leur bataille pacifique avec ces armes.

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