LLB: Oleksandr Danylyuk réforme les finances ukrainiennes

Version longue d’un article publié dans La Libre Belgique, le 17/10/2017

Une tâche ardue aussi lente que prévu en raison des intérêts divergents des parties prenantes.

Au poignet d’Oleksandr Danyliouk, une montre ornée d’un dessin au “Ministère des Marches Stupides”, un célèbre sketch des Monty Pythons. Ces jours, le ministre des finances d’Ukraine court plutôt que marche. Ce 3 octobre, la Verkhovna Rada (Parlement) a adopté les réformes cruciales de la santé et des retraites en première lecture. “Ce sont des éléments essentiels d’un nouveau style de financement des politiques publiques, tant en termes d’allocation que d’utilisation”, annonce le ministre, visiblement absorbé par le vote. Ne serait-ce que passer à une prévision budgétaire sur trois ans, au lieu d’improviser d’une année sur l’autre, est une révolution en soi. De mon ministère, nous coordonnons une transformation radicale de l’administration publique”. Un programme clair, mais qui se traduit souvent par des déambulations ubuesques entre les différents organes du pouvoir.

En poste depuis avril 2016, Oleksandr Danyliouk a hérité des cordons de la bourse d’un Etat exsangue. Après une récession dramatique en 2014-15, l’inflation est en passe d’être maîtrisée, les risques de dévaluation sont minimisés, les réserves de devise étrangères ont triplé, la dette publique a été restructurée. A la mi-septembre, le gouvernement a opéré un retour triomphal sur le marché international des bonds d’Etats, en levant 3 milliards de dollars, au lieu du simple milliard espéré. “Cela veut dire que les investisseurs ont confiance dans les capacités de l’Etat de rembourser sur les prochaines années”, commente Oleksandr Danyliouk. “Il y a encore quelques mois, c’aurait été inimaginable”.

Pour certains, notamment à la Verkhovna Rada, c’est le signe que l’Ukraine n’a plus besoin du programme d’assistance financière du Fonds Monétaire International (FMI). Le pays a touché 7,6 milliards de dollars sur les 17,5 milliards promis. Le programme est critiqué pour l’imposition de mesures libérales et d’austérité qu’il préconise. La réforme des retraites, adoptée peu après l’entretien, a ainsi consacré de nombreuses restrictions budgétaires.

“Sans le FMI, on pourrait survivre un ou deux mois”, commente Oleksandr Danyliouk. “Après cela, la situation redeviendrait très précaire, et compromettrait l’effort de transformation”. Et d’expliquer que les fonds du FMI sont uniquement alloués à la stabilisation de la monnaie nationale, le hryvnia. Une partie des 3 milliards en bonds d’Etat va servir à financer le budget et les politiques publiques réformées. De ces 3 milliards, 1,6 sera dédié au rachat des bonds d’Etat dont la maturation est prévue en 2018-19. Dissocier le programme du FMI du retour sur les marchés de prêt n’aurait pas de sens. “L’un ne va pas sans l’autre”, conclut le ministre. C’est la première fois depuis son indépendance en 1991 que l’Ukraine sécurise plusieurs tranches d’un programme du FMI. Un gage de crédibilité pour les investisseurs et créanciers internationaux.

Malgré ses succès, Oleksandr Danyliouk ne peut que constater les difficultés des forces réformatrices, lui compris. A Kiev, c’est le mot “contre-révolution qui est sur toutes les lèvres, près de 4 ans après les premières manifestations de Maïdan. Après l’arrestation spectaculaire de l’ancien chef corrompu du service des impôts, Roman Nasirov, Oleksandr Danyliouk avait entrepris de nettoyer et moderniser ce département. “Ca avance beaucoup moins vite que ce que j’aurai espéré, mais aussi lentement que ce que j’avais pensé”, confie le ministre. “Nombreux sont ceux qui ont beaucoup à perdre à cause de nos réformes”. Son ambition de créer une nouvelle institution d’inspection fiscale indépendante est encore à l’état de projet, suspendu à l’appréciation des parlementaires. Et une poursuite en justice pour évasion fiscale, ouverte contre le ministre en août pour des raisons infondées et close depuis, lui a rappelé qu’il n’est pas à l’abri de vendettas personnelles. “Je suis prêt à toute sorte d’attaque. C’est complexe, parfois absurde,  et ce n’est pas ça qui me motive. Mais je sais que si on m’en veut, c’est que je vais dans la bonne direction”. Ce-disant, Oleksandr Danyliouk regarde le Monty Python sur sa montre.

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