RFI: Vers un nouvel échange de prisonniers dans le Donbass

Intervention dans la séquence “Bonjour l’Europe”, sur RFI, le 05/12/2017

Depuis 2014, la guerre dans l’est de l’Ukraine a coûté la vie à plus de 10100 personnes, et a fait plus de 30.000 blessés, selon l’ONU. Des centaines de personnes se sont aussi retrouvées prisonnières, et gardées captives, des deux côtés. Ces dernières semaines, les négociations s’intensifient pour organiser un échange important avant la fin de l’année. Ce serait la plus grande avancée du processus de paix depuis le début de l’année. A Kiev, Sébastien Gobert         

De combien de prisonniers parle-t-on? 

Selon le négociateur ukrainien en charge de ces questions, Viktor Medvechuk, il y aurait 386 prisonniers côté ukrainien qui seraient réclamés par les séparatistes des républiques de Donetsk et Louhansk. Kiev réclame pour sa part 157 personnes, mais les séparatistes affirment ne détenir que 94 prisonniers.

Viktor Medvechuk avance l’hypothèse d’un échange de 306 séparatistes contre 74 Ukrainiens. Pourquoi ne pas échanger tout le monde d’un coup? Parce que Kiev a condamné certaines prisonniers à des peines à perpétuité, sans possibilité d’amnistie, et qu’il serait impossible, en tout cas très difficile, d’échanger ceux-là. En tous les cas, la conclusion d’un accord est très attendue: certains de ces captifs sont en prison depuis plus de 3 ans déjà.

Pourquoi cela se ferait maintenant? 

Ce ne serait pas le premier échange de prisonniers au cours des dernières années. Tous ont fait l’objet de négociations intenses, et très discrètes. Mais cette fois-ci, Vladimir Poutine lui-même est entré dans le jeu. Il a mis en scène son rôle de médiateur, en rendant public un coup de téléphone avec les chefs des républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk, et en s’affichant avec Viktor Medvechuk. On le voit comme un médiateur préoccupé, qui assure faire tout ce qu’il peut. C’est très bon pour son image, dans le cadre de l’élection présidentielle. Sachant que la plupart des observateurs s’accordent à penser qu’il décide en fait de tout.

Il y a aussi le cas de Viktor Medvechuk, très proche du président russe – c’est le parrain de sa fille. Il est très critiqué en ce moment en Ukraine. L’échange de prisonniers est donc peut-être pensé comme une manière de redorer son blason à Kiev. Donc en fait, vous voyez, plus des raisons de communication que des inquiétudes réelles sur le sort des prisonniers. Cela étant dit, cela n’est peut-être pas suffisant, et il n’est pas encore sûr que l’échange se réalise.

Qu’est-ce qui pourrait bloquer? 

En premier lieu, la situation politique à Louhansk. Il y a deux semaines, le chef de la république, Igor Plotnitski, a été renversé par la force par des opposants politiques, dans le cadre d’une guerre de clans. C’est Igor Plotniski qui avait signé les accords de paix de Minsk, qui prévoyaient les échanges de prisonniers. Les nouveaux chefs de la république assurent qu’ils respecteront les accords de paix, mais on ne sait pas quel impact cela peut avoir sur les négociations.

Et puis aussi, vous savez, le processus de paix est au point mort. Les deux années qui se sont écoulées n’ont vu aucune avancée vers une résolution du conflit. Même la condition la plus basique, le cessez-le-feu sur la ligne de front, n’est pas respecté. Sans bonne volonté de part et d’autre, et à cause de contraintes politiques à Kiev et à Moscou, on pourrait bien ne pas voir de progrès d’ici longtemps.

Ecouter la séquence ici

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