RFI: Elections, Salon du livre… quelques jours très anti-russes sur l’Internet ukrainien

Intervention dans la séquence Tour des Réseaux, sur RFI, le 19/03/2018

 

L’élection présidentielle en Russie s’est aussi déroulée dans les ambassades et consulats de nombreux pays du monde, et ont fait sensation sur les réseaux sociaux. La photo du citoyen russe Gérard Depardieu votant à l’ambassade à Paris a fait sensation par exemple… En Ukraine, l’élection a aussi été fortement relayée sur les réseaux. Ou plus exactement, la non-élection. Les autorités ukrainiennes ont empêché les électeurs russes d’accéder aux bureaux de vote… Depuis Kiev, Sébastien Gobert

Sébastien, pourquoi une telle interdiction? 

Officiellement, pour protester contre la tenue du scrutin sur la Crimée, annexée en 2014 par la Russie. Hier 18 mars, c’était très symboliquement le jour anniversaire de la décision d’annexion de la péninsule, au mépris du droit international. L’Ukraine dénonce  l’invalidité des résultats issus de Crimée, et conteste aussi les élections qui se sont tenues dans l’est séparatiste. L’Internet ukrainien s’est fait le relais aujourd’hui des dénonciations venues d’autres pays, par exemple un communiqué du ministère des affaires étrangères français ou des manifestations à Prague ou à Madrid. Et en conséquence, les électeurs russes n’ont pas pu se rendre aux urnes, à l’exception des diplomates et personnels d’ambassade.

Pour le contexte, j’ajoute qu’il y aurait plusieurs millions de personnes qui pourraient se revendiquer comme Russes en Ukraine. Mais à cause du climat de conflit, on ne sait pas combien détiennent un passeport russe, et donc combien pourraient voter.

Sébastien, on se souvient pourtant que la Russie a tenu des élections législatives en septembre 2016, deux ans après le début du conflit. Les bureaux de vote avaient pu être accessibles à ce moment là en Ukraine. Pourquoi pas cette fois? 

Hier, le risque sécuritaire était apparemment bien trop grand. Des groupes nationalistes, comme les Natsionalniy Droujyny du bataillon ultra-nationaliste Azov, le parti nationaliste Svoboda et d’autres, avaient averti publiquement qu’ils s’en prendraient aux citoyens russes qui tenteraient de pénétrer dans l’ambassade ou les consulats (Lviv, Odessa, Kharkiv). A Kiev, ils ont monté la gardé toute la journée. Ils ont pendu un épouvantail à l’effigie de Vladimir Poutine. Ils en ont brûlé un autre. Les photos d’un cabinet de toilettes sèches transformé en faux isoloir ont aussi fait sensation… A Odessa, la police a évacué les environs du consulat après une alerte à la mine anti-personnelle, qui s’est révélée fausse.

Et évidemment, au delà de la protestation, l’annonce de la réélection haut la main de Vladimir Poutine a suscité beaucoup de moqueries sur les réseaux ukrainiens… D’une manière générale, cela a marqué la conclusion de quelques jours très anti-russes sur les réseaux sociaux ukrainiens, dans lesquels la France a joué son rôle…

Vous faites référence aux controverses liées à la mise à l’honneur de la Russie au salon du livre de Paris? 

Exactement. Ca a été très suivi en Ukraine. A la fois le boycott du stand russe par Emmanuel Macron, mais aussi les interventions de l’écrivain Zakhar Prilepin au salon. Vous savez qu’il habite depuis 2017 dans l’est de l’Ukraine, où il s’est porté combattant volontaire contre l’armée de Kiev. Des opposants politiques et des représentants de la diaspora ukrainienne l’ont interpellé à plusieurs reprises. Et vous pouvez vous imaginer que les vidéos ont fait le buzz en ligne. Encore une fois, l’Internet et les réseaux sociaux ont été utilisés pour marquer encore un peu plus la division entre l’Ukraine et la Russie.

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