FRS : La question libérale en Russie

Note pour la Fondation pour la Recherche Stratégque (FRS) publié le 23 mars 2018

Texte intégral ici

On a sans doute mieux compris un pays lorsqu’on en arrive à buter sur les paradoxes qui le travaillent en ses tréfonds. La question libérale en Russie, généralement associée aux valeurs de l’Occident, est l’une de ces idées, tentations, problématiques autour desquelles se forge depuis deux siècles l’un des paradoxes qui nous semblent dire quelque chose d’essentiel sur ce pays que Churchill estimait être un « rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme ». La Russie est depuis le XIXème siècle fascinée par l’Occident mais passe son temps à s’y opposer.

Les cercles dirigeants actuels ne dérogent pas à la « règle ». D’un côté, nombre de responsables politiques, hauts fonctionnaires ou hommes d’affaires soutiennent, en public du moins, une politique fondée sur l’opposition à l’Occident et au monde qualifié de « libéral ». De l’autre, les mêmes passent volontiers leurs vacances ou s’achètent appartements et villas en Italie, en Floride ou à Paris, envoient leurs enfants étudier à Genève ou à Londres, et n’imaginent pas de confier les ministères du « bloc économique » à d’autres que ceux que l’on appelle de façon très générique les « libéraux », souvent plus ou moins adeptes d’Alexeï Koudrine, l’ancien ministre des Finances de Vladimir Poutine (de 2000 à 2011), dont il demeure proche tout en ayant adopté une position critique « intra-système ».

M. Koudrine se voit régulièrement sollicité pour rédiger des programmes de développement économique. Documents très peu mis en œuvre ensuite. En 2014, le « gourou » des libéraux russes formulait ce qui apparaît comme le fondement de son positionnement politique : « Pour moi, les intérêts nationaux de la Russie sont mieux défendus en renforçant sa puissance économique. Sans cela, le pays ne peut pas être une puissance militaire ou autre ». Pourtant, c’est finalement au nom de la « puissance » que ses propositions sont rejetées. Le dilemme, tel que M. Koudrine le pose en substance, est le suivant : ou la Russie se libéralise économiquement, libère ses forces créatrices, et elle deviendra une véritable puissance, ou elle ne le fait pas et elle demeurera cette « puissance pauvre» que l’historien Georges Sokoloff a décrit dans un livre célèbre. (…)

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