OrientXXI : Moscou dans l’impasse en Syrie

Article publié le 3 avril 2018 sur le site OrientXXI

Crédit photo : Vladimir Poutine et Bachar Al-Assad, 21 novembre 2017 (Service de presse de la présidence russe, kremlin.ru)

Ayant facilité la victoire militaire de Bachar Al-Assad, la Russie cherche une solution politique au conflit syrien, voulant s’imposer comme un faiseur de paix sur la scène internationale. Mais elle se trouve prise à son propre piège, entraînée par un allié syrien qui ne conçoit que l’écrasement de ses adversaires.

La Russie s’active. Pas question de rester prisonnière d’une impasse où elle joue sa réputation internationale et tente de redessiner un monde plus à sa main. Elle a voulu prendre la responsabilité du conflit syrien, elle sait qu’elle doit produire des résultats. Mais ledit conflit ne cesse de se ramifier, de se complexifier, sans jamais perdre en dangerosité, les grandes puissances régionales et globales étant de plus en plus directement en face les unes des autres sur le terrain syrien. « En 2015, Moscou croyait vraiment que Bachar pouvait tomber dans les trois mois et que l’État allait totalement se déliter, ce qui inquiétait sincèrement le Kremlin je crois. Maintenant, la donne a changé, Assad a été remis en selle. Et c’est lui qui a désormais l’initiative. Les Syriens nous ont trainés dans la Ghouta-Est contre notre gré au fond. On est dans un cul-de-sac », déplore le spécialiste du Proche-Orient Nikolaï Kozhanov, de l’université européenne de Saint-Pétersbourg.

L’ÉCHEC DU CONGRÈS DE SOTCHI

La communauté des experts russes du Proche-Orient — quelle que soit sa proximité avec le Kremlin — reconnaît assez volontiers l’impasse dans laquelle se trouve Moscou sur le terrain syrien. D’où l’échec du congrès du Dialogue national syrien qui s’est tenu à Sotchi les 29 et 30 janvier dernier, jugé plus ou moins sévèrement par les observateurs russes interrogés. De nombreux opposants syriens, notamment sunnites ou kurdes, ont refusé d’y prendre part, encouragés par leurs parrains extérieurs, maugrée-t-on en aparté à Moscou. Certains opposants à Bachar Al-Assad venus d’Ankara ont fait le déplacement mais ne sont pas sortis de l’aéroport de Sotchi du fait du déploiement massif du drapeau officiel syrien à deux étoiles.

Mais on souligne par exemple aussi que 2 500 délégués syriens y ont pris part. « Ce n’est pas un échec, sauf si l’on en attendait trop. Il n’a été question que d’instaurer un dialogue, pas une négociation. Sur les quatre domaines sur lesquels les parties travaillent pour la sortie de crise, à savoir la transition politique, la révision de la Constitution, les élections et les questions de terrorisme et de sécurité, le gouvernement syrien n’acceptait jusqu’à présent que de parler du dernier. Mais à Sotchi, il y a eu un premier pas au sujet de la Constitution, avec l’instauration d’une commission chargée de la rédiger », souligne Vassily Kouznetsov, du célèbre Institut des études orientales de Moscou.

Pour Nikolaï Kozhanov, il s’agit bel et bien d’un échec, la commission constitutionnelle étant elle-même fondée sur des bases très incertaines. « En fait, Moscou n’a aucune idée de la façon de régler le problème syrien. Alors pour rester maître du jeu et masquer ce vide, on en change régulièrement les règles en prenant de nouvelles initiatives ». Mais selon lui, si le congrès de Sotchi a été un échec, et a surpris par l’impréparation et la mauvaise connaissance des acteurs du conflit dont il a semblé être le résultat, cela vient aussi des intentions contradictoires des organisateurs : « Sotchi a été pris entre les intentions de notre ministère de la défense, qui souhaitait entre autres contrer le processus de Genève, et le ministère des affaires étrangères qui ne l’entendait pas de cette oreille. D’où les gros efforts de ce dernier pour faire venir Staffan de Mistura, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU. »

(Suite sur le site OrientXXI)

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