RFI: Le premier ministre arménien Serge Sarkissian démissionne

Article publié sur le site de RFI, le 23/04/2018

Le Premier ministre arménien renonce. Au onzième jour de manifestations anti-gouvernementales dans la capitale Erevan, Serge Sarkissian a annoncé sa démission ce lundi 23 avril. Il est accusé par ses opposants de chercher à s’accrocher au pouvoir après dix années passées à la présidence. A Erevan, Régis Genté. 

« Je quitte le poste de dirigeant du pays », a déclaré Serge Sarkissian, selon son service de presse cité par l’agence de presse officielle Armenpress. Le chef de la contestation et député Nikol Pachinian « avait raison et moi je me suis trompé », a reconnu Serge Sarkissian. Il s’était fait récemment nommer Premier ministre, après avoir passé dix ans à la tête du pays.

Cette annonce intervient au onzième jour de la contestation, alors que des manifestants défilent par milliers dans les rues de la capitale. Les choses se sont accélérées ces deux derniers jours, avec d’abord dimanche matin l’arrestation du chef du mouvement de contestation, le député d’opposition Nikol Pachinian, et de deux autres députés, quelques minutes après la tentative de dialogue avortée avec le chef du gouvernement. Cela a sans doute poussé plus de personnes à sortir dans les rues, à cesser le travail et à mener des actions de désobéissance civile non violentes.

Par ailleurs, ce lundi matin, des militaires en uniformes se sont joints aux cortèges. Une prise de position qui a pu influencer la décision de Serge Sarkissian. La police fait aussi savoir qu’elle a soutenu les actions de protestation pacifiques.

Scènes de liesse

C’est une véritable euphorie qui régnait ce lundi 23 avril à Erevan, commente notre envoyé spécial à Erevan, Régis Genté. Une euphorie comme l’Arménie n’en a certainement pas connu depuis très longtemps. C’est un concert de klaxons sans fin, les gens défilaient avec le drapeau tricolore arménien sur leurs épaules, qui sabrent le champagne  –local en tout cas – dans les rues d’Erevan. Des dizaines de milliers de personnes ont rejoint la place de la République qui a été l’épicentre de ces onze jours de manifestations.

Une foule composée en grande partie de jeunes  –des étudiants et même des lycéens – qui sont venus dire leur ras-le-bol de ce pouvoir corrompu, qui ne leur donne aucun espoir, tous les bons postes dans l’administration et dans le privé étant réservés à l’entourage du président, des députés, etc.

Pour Armen, un habitant de 60 ans rencontré par RFI aux abords de la place de la République, aucun doute, c’est bien la jeunesse qui vient de renverser Serge Sarkissian. « Je suis heureux parce que mon peuple se bat pour la justice et a déjà remporté une victoire, salue-t-il. Bientôt, ce sera la victoire finale et nous vivrons bien mieux. Il faut que ce parasite parte, le plus loin sera le mieux. Ces assemblées de jeunes sont calmes, ils sont bien plus intelligents que nous. Les jeunes nous ont ouvert la rue, et lui, Sarkissian, il ne faisait que les fermer. »

Libération du leader de la contestation

Les rues étaient fermées et on sentait bien une atmosphère de victoire, bien des heures déjà avant la démission de Serge Sarkissian. Le meneur de la contestation, Nikol Pachinian, a été libéré un peu plus tôt dans la journée. Un autre signe que la victoire est bien du côté du peuple arménien ce lundi à Erevan.

C’est l’ancien Premier ministre Karen Karapetian, allié de Serge Sarkissian et membre de sa formation politique, le Parti républicain, qui a été nommé chef du gouvernement par intérim. Le Parlement a maintenant sept jours pour choisir un nouveau Premier ministre. En attendant, Nikol Pachinian fête la victoire sur une place de la République noire de monde ce lundi soir.

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