La Croix : En Ukraine, une rencontre de Taizé en forme de reconnaissance

Article publié par La Croix le 29/04/2018.

« C’est beau, c’est beau… » Assis sur un muret, le Frère Alois regarde défiler les jeunes qui se dirigent vers le « SKA Velotrek », un vélodrome usé de l’ère soviétique, pour la prière du midi. « Nous l’attendons depuis longtemps, cette rencontre. Il y a tant de jeunes Ukrainiens qui viennent chez nous ! »

Pour la communauté œcuménique de Taizé, le choix de Lviv, ville de l’ouest de l’Ukraine, près de la frontière polonaise, pour organiser un « pèlerinage de confiance » du 27 avril au 1er mai n’a rien d’un hasard. Il s’agit d’une reconnaissance du poids croissant des Ukrainiens parmi les pèlerins qui se rendent à Taizé (Saône-et-Loire) ou aux diverses rencontres organisées par cette communauté à travers l’Europe.

La deuxième nationalité la plus représentée

S’ils n’étaient qu’une poignée il y a dix ans, les Ukrainiens sont maintenant systématiquement la deuxième nationalité la plus représentée, derrière les Polonais. Le père Lukasz, venu avec un groupe de jeunes Polonais, se remémore en souriant comment, lors de la rencontre de Valence en 2015, les autobus immatriculés « UA » (Ukraine) semblaient « ne jamais cesser d’arriver ». Ils étaient encore près de 3 000 sur les 20 000 jeunes présents à Bâle en décembre.

Outre les « rencontres européennes » qui ont lieu chaque année au moment du Nouvel an, la communauté de Taizé organise aussi des événements de taille plus réduite, tel que ce « pèlerinage de confiance » à Lviv : un millier de pèlerins ont répondu présents, dont une moitié d’Ukrainiens.

Même à Lviv, on a du mal à expliquer le succès de Taizé chez les Ukrainiens. Frère Alois, comme d’autres, y voit une « envie d’Europe » : ces événements offrent en effet des perspectives de voyages et de rencontres.

Lors du déjeuner dans un parc du centre-ville, sous un soleil éclatant, Viacheslav Tarachev, ingénieur électrique de 33 ans venu de la région de Ternopil, évoque les rencontres de Taizé comme une formidable occasion de pratiquer les cinq langues qu’il parle. « Pour beaucoup d’Ukrainiens, Taizé est une chance de voir l’Europe, confirme Marianna Ivanenko, l’une des nombreuses bénévoles locales. Pour moi, c’est aussi l’occasion de partager ma foi. »

Tissu serré d’églises en Ukraine de l’Ouest

Coïncidence ou signe de ce désir d’Europe, l’afflux d’Ukrainiens a véritablement démarré en 2013, à l’époque où des dizaines de milliers de manifestants se rassemblaient à Kiev pour protester contre le refus du président de signer un accord d’association avec l’Union Européenne.

Vasyl Marchuk, Ukrainien de 24 ans qui s’est déjà rendu deux fois dans le village de Taizé, pense que le tissu serré d’églises en Ukraine de l’Ouest, d’où proviennent la majorité des pèlerins, a aussi joué un rôle essentiel. L’attrait ne s’est en tout cas jamais tari depuis, malgré le conflit dans l’est du pays, qui a rapidement succédé à la révolution et fait plus de 10 000 victimes en cinq ans.

Nouveautés

Cette reconnaissance de l’importance prise par les Ukrainiens dans la vie de Taizé s’est traduite par plusieurs nouveautés par rapport aux pèlerinages précédents. Ainsi, au lieu d’une prière du matin commune, les jeunes chrétiens ont pu prier avec leur famille d’accueil : une manière de rappeler l’époque soviétique, « lorsque la foi se transmettait par la pratique secrète », explique Frère Benoît, chargé de la communication.

Autre particularité, une prière du soir s’est déroulée dans trois églises, une grecque-catholique, une orthodoxe et une catholique romaine. Sur les hauteurs de Lviv, dans la cathédrale Saint-Georges, les pèlerins ont par exemple pu découvrir la liturgie grecque catholique, entrecoupée d’explications sur la signification des chants.

La variété des Églises chrétiennes dans le pays n’est pas anodine. L’orthodoxie est elle-même divisée entre trois Églises, dont seule une est aujourd’hui officiellement reconnue (lire ci-contre). Une situation complexe qui peut, pense le Frère Benoît, faire résonner le message œcuménique de la communauté de Taizé avec d’autant plus de force chez les Ukrainiens. Vasyl Marchuk acquiesce : « Pour moi, Taizé c’est d’abord un esprit d’unité. »

Fabrice Deprez (envoyé spécial à Lviv, en Ukraine)

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