BIP : Gazprom, Alexeï Miller, le soldat (série 5/6)

Article publié le 4 juillet 2018 dans le BIP (Bulletin de l’Industrie Pétrolière)

Photo : © Kremlin.ru

Extraits

Le cinquième « portrait politique » de notre série est consacré à Alexeï Miller, indéboulonnable patron de Gazprom. L’homme est constamment décrié, mais il tient son poste grâce notamment à une habileté sans pareille pour exercer son lobbying auprès de M. Poutine.

Fallait-il dresser le portrait « politique » d’Alexeï Miller, 56 ans, à la tête de Gazprom depuis 2001, dans le cadre de cette série consacrée aux patrons du pétrole et du gaz russe ? Certains de nos interlocuteurs en doutaient, voyant dans le président du comité de direction un simple « soldat », son surnom, et pas un vrai décideur. « Le vrai patron de Gazprom, c’est Vladimir Poutine », répètent-ils à l’envi.

(…) C’est que Gazprom se trouve au cœur de la gouvernance de M. Poutine. « Gazprom remplit trois fonctions dans la politique de M. Poutine », analyse l’expert de l’énergie Mikhaïl Kroutikhine. « Premièrement, c’est un acteur commercial et industriel de premier plan ; deuxièmement, un instrument politique tant pour l’extérieur, c’est-à-dire pour assurer la puissance géopolitique de la Russie, que pour l’intérieur, où Gazprom joue un rôle social très important en prenant en charge quantités de projets non rentables commercialement mais qui permettent au pouvoir de garder son électorat ; et troisièmement, c’est la vache à lait de M. Poutine, pour gérer l’essentiel de la
manne pétrolière et renforcer financièrement des gens de son entourage, ce qui a un énorme impact politique ». La conséquence est une société qui jouit d’un monopole de l’exportation du gaz russe afin de compenser ses pertes sur le marché intérieur, qu’il s’agisse des dépenses qu’elle doit assumer en infrastructures, des responsabilités sociales qui lui sont confiées (le chauffage par exemple) ou simplement en approvisionnant le budget fédéral.

(…) « Beaucoup détestent Alexeï Miller, notamment parce qu’il sait parfaitement exercer son lobbying auprès de Poutine pour protéger son entreprise contre Rosneft ou Novatek. Il connaît le chef de l’État par cœur, raconte Tatiana Mitrova, qui dirige l’Institut de recherche sur l’Énergie à l’Académie des sciences de la Russie. Même dans la société, il y a beaucoup de gens puissants avec leur propre ‘agenda’, comme Alexandre Medvedev, Valery Goloubev ou Viktor Zoubkov [respectivement vice-présidents du comité de direction et président du conseil d’administration de Gazprom], et beaucoup d’autres personnes qui représentent de nombreux intérêts aux ramifications toujours extrêmement complexes et toujours extrêmement importantes pour le Kremlin, mais finalement, Miller est le seul ‘adjoint’ du big boss ». Et sans doute est-ce pour cela
que M. Poutine le conserve à la tête du géant gazier russe.

(…) La loyauté : tout est là encore une fois. M. Miller fait partie de ces Pétersbourgeois qui constituent l’équipe rapprochée du chef de l’État (…). Rien ne suggérait pourtant qu’il deviendrait un rouage clé du système Poutine. (…) Ceux qui l’ont rencontré au début des années 1990 à Saint-Pétersbourg décrivent un homme à la fine moustache, timide, effacé, sans assurance, occupant un triste bureau non loin de celui du futur maître du Kremlin (…). Lorsqu’il s’est agi de trouver un nouveau patron pour Gazprom, en 2001, pour remplacer un Rem Viakhirev que M. Poutine estimait trop lié à l’oligarchie de Boris Eltsine, le nom d’Alexeï Miller s’est imposé. Comme l’explique Thane Gustafson dans son très informé livre Wheel of fortune, l’atout de Miller aux yeux de Poutine est qu’il « n’avait jamais travaillé dans l’industrie du gaz, et qu’ainsi il n’avait aucun lien que ce soit avec le management de Viakhirev ». (…)

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