RFI : La polémique du 11 novembre 2018 entre la France et la Serbie

Chronique pour l’émission Bonjour l’Europe, 19 novembre 2019

La polémique n’a cessé d’enfler à Belgrade depuis les commémorations de l’Armistice à Paris : le 11 novembre dernier, le président serbe Aleksandar Vučić était placé dans une autre tribune que celle d’Emmanuel Macron. Un « outrage » selon la Serbie, qui rappelle sa contribution essentielle à la Première Guerre mondiale, alors lque e président français doit se rendre à Belgrade début décembre. Les Serbes ont très mal pris ce qui a été présenté comme une « maladresse ».

Tout est affaire de symboles et ces derniers sont très importants dans les Balkans. Lors des commémorations de l’Armistice à Paris, le président serbe, Aleksandar Vučić, n’a pas caché sa colère et a déclaré avoir eu la « gorge serrée » par le traitement que la France lui a réservé. Ce dernier était en effet placé dans une tribune secondaire, loin des puissants de ce monde, alors que son meilleur ennemi, le président du Kosovo Hashim Thaçi, était lui assis juste derrière Vladimir Poutine, Donald Trump et Angela Merkel. Une « maladresse » selon l’ambassade de France à Belgrade, qui a présenté des excuses officielles et rappelé le rôle essentiel de la Serbie dans la Première Guerre mondiale, notamment sur le front d’Orient, qui a eu une influence déterminante sur l’issue de la Grande Guerre. Quelques heures après les cérémonies à Paris, le monument récemment rénové célébrant l’amitié entre la France et la Serbie à Belgrade, dans la forteresse de Kalemegdan, a été vandalisé. L’inscription « À la France » a même été souillée de peinture noire.

La France et la Serbie entretiennent des relations passionnelles depuis plus d’un siècle…

Si les Français ont pour le plupart oublié les liens qui unissaient, au début du XXe siècle, Belgrade et Paris, les citoyens serbes se souviennent toujours de l’alliance contractée entre les deux pays durant la Première Guerre mondiale et de la solidarité des tranchées. Une amitié qui fut mise à mal durant la campagne de bombardement de l’Otan, en 1999, contre le régime de Slobodan Milosevic, à laquelle les avions français participèrent. Belgrade n’a pas non plus apprécié la reconnaissance rapide par Paris de l’indépendance du Kosovo, le 17 février 2008.

Ces crispations interviennent alors que le président Macron doit se rendre à Belgrade au début du mois de décembre…

Après des années de relative passivité, la diplomatie française semble en effet de nouveau vouloir s’impliquer dans les dossiers balkaniques et notamment dans les difficiles négociations sur la « normalisation des relations » entre le Kosovo et la Serbie. On suppose qu’Emmanuel Macron devrait apporter son soutien à l’hypothèse d’une « correction des frontières » entre les deux pays, censée régler les différends entre Belgrade et Pristina, et pousser la Serbie à reconnaître l’indépendance de son ancienne province. Selon les dernières hypothèses, le nord du Kosovo à majorité serbe pourrait être échangé contre une partie de la vallée de Presevo, dans le sud de la Serbie, à majorité albanaise, au risque de provoquer une nouvelle déflagration régionale. Aleksandar Vučić, qui adore se poser en victime, a en tout cas promis un accueil « amical et grandiose » à son homologue français, dont le soutien sera essentiel pour convaincre l’Allemagne de lever son opposition à toute modification de frontières dans les Balkans.

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