RFI : Nouveau gouvernement en Lettonie

Intervention dans la rubrique Bonjour l’Europe de RFI

La Lettonie a enfin un gouvernement, quatre mois après les élections législatives, un record pour le pays. C’est une grande coalition de cinq partis, tous situés à droite, des plus conservateurs au plus libéraux. La formation du gouvernement a été douloureuse, après deux échecs, dû notamment aux conditions posées par les uns et les autres. Marielle Vitureau, vous êtes notre correspondante dans les pays baltes.

Qui est donc le nouveau premier ministre letton ?

Il s’appelle Krisjanis Karins, la cinquantaine, plutôt fringante. Ce n’est pas un novice en politique. Loin de là. Ce Letton est aussi citoyen américain. Il est revenu à Riga quelques années après l’indépendance de son pays et très vite, il s’est tourné vers la politique. Il a par exemple contribué à former le parti Nouvelle Ere. Un parti de droite, qui a eu son heure de gloire au début des années 2000.  Krisjans Karins a été ministre de l’économie au moment de l’adhésion de la Lettonie à l’Union européenne en 2004, puis il a été ensuite député européen jusqu’à sa nomination  toute récente au poste de Premier ministre. Il avait déjà été pressenti pour être premier ministre lors du remaniement de 2016 mais il avait décliné.

Et cet homme a réussi à former un gouvernement de droite.

Unité, le parti de Karins est le plus petit du Parlement. Il n’a que 8 sièges. Pour le politologue Valts Kalnins, c’est même un avantage pour diriger cette coalition de cinq partis dont trois de nouveaux. Comme le parti ne peut avoir de réelle ambition, le rôle du premier ministre sera surtout d’être un modérateur. La Lettonie n’est pas connue pour la stabilité de ses gouvernements. Paradoxalement, la coalition actuelle sait qu’aucune autre n’est possible et ce pourrait être un facteur de longévité. Il y a trois nouveaux partis dans cette coalition. L’alliance Pour, plutôt libérale, les nouveaux conservateurs et leur agenda anti-corruption et le KPV, un parti à la rhétorique anti-élite. Au niveau européen, la Lettonie pourrait faire office de laboratoire. Comment plusieurs partis de droite peuvent travailler ensemble. En Lettonie, les questions identitaires, notamment, ont permis le consensus.

Mais l’une des priorités du gouvernement, c’est l’assainissement du secteur bancaire.

En 2018, la Lettonie a été secouée par une nouvelle crise. Le gouverneur de la Banque centrale attend son procès. Il est suspecté d’avoir accepté des pots de vins. Et une banque ABVL qui travaillait surtout avec des clients d’ex-Union soviétique a fait faillite. Elle a été accusée de blanchiment d’argent par le Trésor américain. C’est un problème récurrent en Lettonie. La presse d’investigation lettonne a par le passé révélé que cette même banque avait siphonné plus d’un milliard d’euros de banques moldaves.  Les peines encourues ont été relevées. Mais l’été dernier, Moneyval, le rapport du Conseil de l’Europe, était très clair sur le sujet. Ce n’est pas suffisant. Les rapporteurs se demandent même si le système judiciaire prend la mesure du problème. Le nouveau premier ministre apparemment oui.  Un échec de réforme du secteur bancaire serait une menace pour tous, a-t-il déclaré. Le conseil de l’Europe attend des résultats dès 2019.

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