La Croix : en plein virage nationaliste, Petro Porochenko se lance dans la présidentielle

Article publié sur le site de La Croix le 29 janvier

Fabrice Deprez (à Kiev) 

Parmi d’autres thèmes, Petro Porochenko a fait de la création d’une nouvelle Église orthodoxe un axe clé de sa communication.

Des affiches placardées à travers toute l’Ukraine donnent le ton depuis six mois. Un slogan – « Armée. Langue. Foi » – et un nom, celui de Petro Porochenko. Si, d’après la presse locale, le président ukrainien en exercice doit officiellement annoncer ce mardi 29 janvier, lors d’un congrès à Kiev, sa candidature pour l’élection présidentielle du 31 mars, personne ne s’y trompe : sa campagne est déjà bien lancée.

Distancé par Ioulia Tymochenko

À la traîne dans les sondages face à sa rivale Ioulia Tymochenko, le premier président élu après la révolution de 2014 a changé de stratégie. « En 2014, il incarnait l’espoir d’une nouvelle vie, c’était d’ailleurs son slogan », explique Andreï Miseliouk, analyste politique à Kiev. Mais l’annexion de la Crimée par la Russie, un conflit dans l’Est qui a tué au moins 13 000 personnes, une grave crise économique et une défiance énorme à l’égard de la classe politique ont rendu ce discours caduc.

Le chef de l’État a du coup pris un virage résolument nationaliste, insistant sur la réforme de l’armée et tablant sur la création, au début de l’année, d’une Église orthodoxe indépendante de Moscou pour se démarquer de ses opposants. Pendant le mois de janvier, Petro Porochenko a ainsi parcouru plusieurs villes du pays en compagnie du chef de la nouvelle Église et du tomos, le décret religieux entérinant la création de l’Église.

L’Église à sa rescousse

Et lorsque, le 18 janvier, un habitant de la région de Tcherkassy, dans le centre du pays, lui demande en russe quand il compte lutter contre la corruption, Porochenko lui répond de façon cinglante : « Allez à l’Église, vous n’êtes pas un croyant », avant de s’adresser à la foule : « Regardez, maintenant ils envoient des gens qui ne parlent même pas ukrainien. Ils sont tous comme ça, ces provocateurs moskalites » (un terme injurieux désignant les Russes). Une sortie pas vraiment anodine dans un pays qui reste très largement bilingue.

Cette stratégie peut-elle fonctionner ? Oleksiy Antypovych, directeur de l’agence de sondage Rating, reste prudent : « la nouvelle Église n’a été créée qu’en janvier, nous ne pouvons pas encore mesurer l’impact de cette décision », note-t-il. Le président est en tout cas parvenu à imposer son agenda dans le débat politique, tandis que l’écart avec Tymochenko s’est réduit depuis l’été 2018 : de près de 9 points en août, il est passé à moins de 3 points en décembre (16 % pour Tymochenko contre 13.8 % pour Porochenko).

Sa première épreuve sera d’accéder au second tour

En même temps qu’il cherche à se présenter comme « défenseur de la nation », le président va tenter de délivrer un message de stabilité, pense Andreï Miseliouk : « Il va insister sur ses réussites, noter que l’économie a commencé à repartir à la hausse et qu’il faut donc garder le cap. »

Mais sa première épreuve sera d’accéder au deuxième tour : alors que Tymochenko continue de faire la course en tête, Porochenko est talonné dans les enquêtes d’opinion par Volodymyr Zelensky, une star du petit écran devenu candidat. Depuis Kiev, tout semble possible alors que le pays se prépare à l’une des élections présidentielles les plus incertaines de son histoire moderne.

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