RFI : Au Kosovo, à Pristina, on ne respire presque plus

Intervention sur RFI, le 26 février 2018

Dans les grandes villes des Balkans, il y a des jours d’hiver où l’air devient irrespirable et où le taux de particules fines monte en flèche. Chaque année, les citoyens des pays de la région manifestent pour demander que les autorités prennent des mesures pour améliorer la qualité de l’air, mais sans beaucoup de résultats pour le moment. C’est le cas à Pristina, capitale du Kosovo, où l’air est particulièrement pollué.

Il devient difficile de respirer quand un anticyclone s’installe au-dessus de la capitale du Kosovo, les hautes pressions bloquant les polluants et les particules fines au niveau du sol. Régulièrement, Pristina est ainsi classée parmi les villes les plus polluées au monde, tout comme Sarajevo en Bosnie-Herzégovine ou Skopje en Macédoine. Plusieurs facteurs expliquent ces tristes records : les villes des Balkans sont souvent installées dans des cuvettes, où les fumées restent bloquées. De plus, on y trouve de plus en plus voitures et l’utilisation massive du charbon pour le chauffage entraine des émissions très importantes de polluants. Selon un rapport publié il y a quelques jours par cinq ONG, les seize centrales au charbon présentes dans l’ouest des Balkans, en Bosnie-Herzégovine, en Macédoine du Nord, au Kosovo, au Monténégro et en Serbie émettent ainsi autant de dioxyde de soufre que les 250 centrales présentes dans le reste de l’Europe.

Des technologies dépassées

Toujours selon ce rapport, la centrale d’Ugljevik, en Bosnie-Herzégovine, dont la construction remonte à 1976, pollue autant que toutes les usines allemandes réunies. Celle-ci utilise du lignite, soit le charbon le plus polluant, que l’on trouve en abondance dans les Balkans. A tel point que la Serbie envisage de construire une nouvelle centrale thermique utilisant cette ressource naturelle, grâce à un prêt de banques chinoises. Mais l’augmentation de la pollution est aussi la conséquence de l’appauvrissement généralisé des sociétés des Balkans depuis la chute de la Yougoslavie, en 1991. Dans les grandes villes, beaucoup de foyers n’ont par exemple plus les moyens d’utiliser les chauffages urbains, qui fonctionnent au gaz et les familles les plus modestes préfèrent installer des poêles où sont brûlés du charbon, des granulés de bois, voire même des déchets ou du plastique. Par ailleurs, la faillite des services publics a entrainé la raréfaction des transports en commun et l’explosion du trafic automobile.

Le réveil de la société civile

Les mobilisations se multiplient depuis quelques années pour faire pression sur les gouvernements de la région. Des manifestations sont organisées à Skopje ou à Pristina, des masques sont distribués par des associations aux personnes les plus fragiles, mais les autorités tardent à prendre conscience de l’ampleur de la catastrophe. La circulation est parfois interdite dans les plus grandes artères de Pristina, les autorités municipales de Skopje ont doublé les prix des stationnements dans le centre et décrètent la gratuité des transports publics lors des pics de pollution.

Mais ces mesures symboliques n’amélioreront pas la qualité de l’air sans un plan d’action à l’échelle régionale. En Macédoine, l’Institut de la santé publique estime que la pollution atmosphérique était à l’origine de 30 à 35% des maladies dans le pays, notamment de certains accidents vasculaires cérébraux et cancers des poumons. Elle serait même responsable de 1 300 morts par an. Pour répondre à l’urgence, les États des Balkans, qui manquent tragiquement de moyens financiers, vont devoir compter sur l’aide de l’Union européenne. En visite au Monténégro ces derniers jours, le commissaire européen pour la Politique régionale, Johannes Hahn, entend porter dans les Balkans la part des énergies renouvelables à 32% du mix énergétique d’ici 2030. Un objectif ambitieux et qui sera difficile à atteindre.

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