RFI: La difficile conquête de l’Extrême-Orient

C’est un territoire grand comme onze fois la France : en Russie, le district fédéral d’Extrême-Orient représente 40% de la superficie du pays et ne compte que huit millions d’habitants. La maîtrise de cette région stratégique, riche en matières premières et au contact du dynamisme économique asiatique, est une priorité pour Moscou. Le gouvernement a notamment lancé, en 2016, le programme de « l’hectare d’Extrême-Orient » offrant la possibilité à tout citoyen russe d’acquérir une parcelle de terrain dans cette région. Le principal objectif : enrayer un déclin démographique engagé à la chute de l’URSS. Reportage sur la péninsule du Kamtchatka.

Diffusé sur RFI le 17/03/2019

A la foire de produits régionaux de Petropavlovsk, les soyeuses peaux de renard retiennent l’attention de visiteurs coréens. Un peu plus loin, Maria a disposé bocaux de confiture et boîtes de thé sur une charrue de décoration. Durant la belle saison, fugitive au Kamtchatka, Maria récolte les plantes de son thé qu’elle commercialise depuis peu.

« On avait commencé à produire du thé il y a quelque temps, puis quand le programme de l’hectare a commencé, on s’est dit ‘plutôt que de récolter les fleurs dans les champs, pourquoi ne pas les faire pousser nous-mêmes ?’ Du coup, on a décidé de lancer notre petite affaire familiale et on a fait l’acquisition de quatre hectares. »

Depuis 2017, tout citoyen russe peut prétendre à un lopin de terre en Extrême-Orient. Avec ce programme, le gouvernement espère attirer les Russes de la partie européenne du pays. Mais pour l’heure, 80% des demandes ont été déposées par des locaux. C’est le cas de Tatiana qui possède une petite ferme sur la route d’Elizovo.

« On a acheté un tracteur – un engin de bonne qualité –, une arracheuse de pommes de terre, on a aussi une faucheuse… On s’équipe petit à petit. Tout ça nous servira, car si l’on plante plusieurs centaines de pommes de terre, ce sera plus simple de récolter tout ça avec la machine. Pour le bétail il faut des pommes de terre, des carottes, il va falloir labourer toute la terre et on n’ira pas loin en le faisant manuellement. »

Incapable de trouver des ânes sur la péninsule, Tatiana en a fait venir trois du Kazakhstan il y a quelques années. Aujourd’hui elle en possède sept, l’une des raisons pour laquelle elle a décidé d’acquérir deux hectares : l’un à son nom, l’autre au nom de fils Ilya, 14 ans et déjà incontournable dans le travail à la ferme. Dans l’intimité, les conditions d’attribution des terres sont parfois contestées : tout le monde ne serait pas servi de la même manière. Tatiana ne souhaite pas épiloguer sur le sujet. Elle attend le début du printemps pour reprendre le travail sur son terrain.

« On a cinq ans pour s’approprier la terre, et ensuite on pourra devenir propriétaires ou locataires. Là on est en train d’assécher le terrain car on nous a attribué un marais… Mais c’est pas grave, on peut faire d’un marais une petite perle ! Pour le préparer il faut donc, dans un premier temps, bien l’assécher, faire descendre l’eau, et ensuite on s’attaquera à l’électricité et à l’aménagement d’un chemin. »

L’absence d’infrastructures de base est la critique la plus souvent formulée à l’égard de ce programme. Il est sans doute trop tôt pour en mesurer les effets, en attendant les statistiques officielles le confirment : le dépeuplement de l’Extrême-Orient se poursuit.


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