RFI: Les Chinois ne boiront pas le Baïkal

C’est un lac qui fait la fierté des Russes : inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, le lac Baïkal constitue la plus grande réserve d’eau douce au monde. Situé en Sibérie, il attire de plus en plus de touristes, en particulier venant de Chine. La préservation de ce symbole national est un enjeu majeur – scientifiques et écologiques disent son écosystème menacé. Un projet chinois prévoyant la mise en bouteille de l’eau du lac a récemment suscité une vague de protestation dans la région.

Diffusé le 30/04/2019 dans l’émission “Accents d’Europe”, sur RFI

En 2017, la région d’Irkoutsk avait non seulement validé ce projet de 19 millions d’euros, mais elle lui avait attribué un statut prioritaire. Cette usine d’embouteillage devait voir le jour sur la rive sud du lac Baïkal, la société en charge de la construction avait annoncé la création de 150 emplois. Sauf que le projet a été très mal accueilli dans la région et a entrainé une mobilisation populaire inhabituelle en Russie. Une pétition réclamant son interdiction a rassemblé plus d’un million de signatures. La protestation a dépassé la Sibérie, en partie grâce à une vedette du show business : l’excentrique Sergueï Zverev, brushing et couronne sur la tête, est devenu l’improbable défenseur médiatique du lac Baïkal. Styliste, chanteur et originaire de la région, Zverev a multiplié les interviews et s’est mis en scène dans des piquets, pratique répandue en Russie qui consiste à brandir seul une pancarte à caractère politique dans l’espace public.

Face à l’ampleur de l’opposition, la justice russe a finalement annulé le permis de construire. L’évaluation des conséquences environnementales n’aurait pas été menée correctement, ce que dément l’entreprise. Beaucoup redoutaient en effet des dommages écologiques, mais c’est un autre ressort qui semble avoir plus encore mobilisé la population : mettre en bouteille l’eau de ce joyau sibérien pour la commercialiser en Chine, le symbole a exacerbé les craintes historiques des Russes à l’égard de leur puissant voisin. Le gouvernement russe se montre ouvert aux investissements chinois mais cette présence est perçue avec méfiance par les locaux qui, bien souvent, n’en tirent pas de bénéfices. Les Chinois sont par ailleurs perçus comme responsables de la déforestation de la Sibérie et de l’Extrême-Orient.

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